On me faisait faire du racolage pour le restaurant parce que j’étais jolie

Moi je ne suis pas encore entrée dans la vie active à proprement parler, cependant, comme énormément d’étudiants, j’ai besoin de travailler l’été pour avoir de l’argent pour l’année universitaire suivante. J’ai travaillé pendant deux ans dans un restaurant côtier qui fait son chiffre d’affaire pendant les mois de juillet et d’aout.

La première année, ils m’ont mis au poste d’hôtesse d’accueil ». Comme c’était la première année où je travaillais, je n’ai pas chipoté sur le poste que l’on me donnait. Depuis toute petite, j’entends que trouver du travail est très difficile, alors quand on m’a accepté à ce taff, je m’estimais heureuse. J’ai donc passé près de deux mois devant la porte du magasin, qu’il vente ou qu’il pleuve, à accoster les clients qui se présentaient devant la carte pour les convaincre d’entrer dans ce restaurant. Oui, c’est du racolage, cependant lorsque j’ai dit à mes patrons que j’en avais marre, ils m’ont dit que je leur était plus utile là car j’étais très jolie, et que je savais parler aux gens.

Très vite, je n’ai pas supporté de devoir aborder les gens pour les convaincre de venir manger dans le restaurant, alors je faisais juste le pied de grue en souriant devant la porte. Vous n’imaginez pas le mal de dos, ni les crampes aux zygomatiques ! Et je faisais deux services par jour, de 12h à 14h30, parfois 15h, et de 19h à 22h30, voir 23h. Le soir encore, ça allait : Beaucoup de gens passaient dans la rue, et me voyant faire la pouf, ils s’arrêtaient pour discuter avec moi, pour plaisanter, pour me remonter le moral quand d’autres semblaient me considérer plus comme un objet de déco que comme une personne humaine. Le pire c’était le midi : Il n’y avait souvent personne, et je m’ennuyais à mourir devant la porte tandis que mes camarades en salle s’acharnaient à servir le mieux possible les clients, selon les ordres parfois insensés de la direction.

Bon et il faut savoir que pour ce poste, j’étais payé le SMIC, j’ai touché dans les 800 euros en juillet (car je n’ai pas fait la première semaine) et dans les 1100 euros en aout, sachant qu’il m’arrivait souvent, passé les horaires de mon post, de basculer sur le service et de prendre la place d’un serveur une heure et demi à deux heures, parfois jusqu’à la fin du service.

La deuxième année où je suis allée travailler dans ce restaurant, j’y ai amené mes colocataires avec moi, une fille et un garçon. Si je suis retournée dans ce resto, c’est parce que je savais qu’ils n’étaient pas difficile dans leur embauche : que tu aies de l’expérience ou non, ils prenaient, or mes colocs n’avaient aucune expérience dans la restauration. J’avais demandé, avant mon embauche, à être sur un poste de serveuse en salle, je ne voulais plus tenir la porte. C’est ma coloc qui s’est chargé de ce poste de racolage.

En gros, dès le début elle a eu plus de répondant que moi, et les patrons l’ont prise en grippe, ils l’ont descendue tout l’été, en la comparant sans cesse à moi, au travail que j’avais fait l’année précédente. Ah oui, j’avais oublié : à chaque début de service, les « filles de l’accueil » avaient des objectifs : le chef venait nous voir, nous donnait le nombre de clients de l’année d’avant, et nous demandait de faire plus. Lorsque ce chiffre de clients n’était pas atteint, évidemment, il s’en prenait aux filles de l’accueil.

Cette année là, il y avait une deuxième fille avec ma coloc : au milieu de la saison ils ont inversé son poste avec le mien, et j’ai été obligé de passer la fin de saison à tenir la porte. Pourquoi cet échange ? La jeune fille avait décidé de ne rien faire de la saison, car comme elle était la fille d’une amie aux patrons, elle savait qu’elle serait payée même si elle ne faisait rien. Du coup, devant la porte, elle tirait une tête de cadavre, ça n’a pas plu aux patrons, ils ont préféré la mettre dans un coin de la salle et l’engueuler à longueur de journée en lui disant que c’était une incapable, et moi me remettre à ce poste de racoleuse.

2 thoughts on “On me faisait faire du racolage pour le restaurant parce que j’étais jolie

  1. c’est tellement beau l’argent, ça fait meme oublier qu’on parle a des etres humains.
    Merci d’avoir partagé votre expérience.
    J’espère que vous avez depuis vogué vers d’autres horizons plus verts depuis.

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