Je ne souhaite plus réaliser de stage de toute ma vie

L’année dernière, pour valider ma licence professionnelle, j’ai dû effectuer une période de stage allant de 3 à 5 mois. Mon domaine d’étude étant le tourisme, je me suis tournée vers différentes structures aux quatre coins de la France pour mettre toutes les chances de mon côté. Une de ces structures m’a répondu positivement, mais celle-ci se trouvait à 800 km de chez moi. J’ai pris la décision d’y aller, de m’éloigner pendant 5 mois de mon concubin, de ma famille et de mes amis. Le stage s’est étalé d’avril à août 2015, de ce fait, je devais recevoir une rémunération.

Première surprise dès le mois d’avril, je n’ai pas reçu la somme que l’on me devait. J’ai tout de suite fait remonter ceci à ma tutrice de stage, ainsi qu’au sous-directeur mais rien n’a été fait. Leur prétexte ? La nouvelle loi concernant le calcul des rémunérations des stagiaires. Or celle-ci datait de janvier 2015 et ma convention de stage avait été signée en décembre 2014 (cette nouvelle loi ne devait donc pas être prise en compte).

Deuxième surprise est pas des moindres, ce fut à la fin du mois de mai. Etant stagiaire, je n’avais pas le droit de travailler les jours fériés. Cependant, la structure m’a supprimé tous ces jours de ma rémunération passant une nouvelle fois, au-dessus de la convention de stage. Il faut savoir que je devais être payé 500€ par mois, que j’avais 300€ de loyer pour une chambre minable sous les toits de 9m², que je ne recevais pas d’APL payant déjà un appartement avec mon concubin, et que j’ai reçu la somme de 392€ pour ce mois-là. Rien n’a été fait une fois encore, et ils ne se sont pas inquiétés de savoir comment j’allais faire pour m’en sortir au mois de juin avec moins de 100€…

Fin juin, une réunion syndicale a eu lieu au sein de la structure. Une des personnes est venue me parler pour savoir comment se déroulait mon stage. J’en ai profité pour mettre en avant ces problèmes de rémunération pensant que c’était le moment ou jamais de faire quelque chose. Celle-ci a pris mes coordonnées et m’a demandé de lui envoyer ma convention de stage. Mi-août, j’ai été recontactée. Effectivement, il y avait eu erreur de la part de la structure, et je devais être remboursé les mois d’avril, mai et juillet.

Le lendemain, au cours de la journée, j’ai été convoquée dans le bureau du sous-directeur. Il m’a reçu très froidement et m’a fait asseoir en face de lui. De manière condescendante, il m’a raconté l’histoire de son neveu, qui s’était investi dans son stage, sans demander de rémunération et d’autres choses que j’ai vite arrêté d’écouter. Il m’a fait remarquer que je n’avais aucun droit de faire intervenir les syndicats dans cette histoire, et que j’aurai dû me contenter de ce que j’avais étant donné que « j’avais eu la chance que la structure veuille bien me prendre en stage ». Je n’ai pas réussi à m’exprimer lors de cet entretien, me faisant constamment couper la parole. Finalement, il m’a dit que la structure ne voulait pas me payer, et qu’à la place il me donnait des congés qui prenaient effet le jour même à 17h. Nous étions 10 jours avant la fin prévue de mon stage et je terminais ma journée normalement à 18h30.

C’est en pleurs et totalement humiliée que j’ai quitté la structure, sous les regards effarés de mon équipe de travail avec laquelle je m’entendais si bien. Au final, les syndicats ont fait pression car ma tutrice et le sous-directeur avaient pris cette décision sans l’avis de la directrice, partie en congés. J’ai reçu un appel quelques jours plus tard, de celle-ci, s’excusant du comportement des deux autres. Rien de plus… Même si il y a eu des « excuses » le mal était fait…

Je me suis beaucoup investie dans ce stage, faisant parfois plus que certains agents de l’équipe de travail. Je devais, durant cette période, monter tout un projet (ici une nouvelle activité familiale), c’était même le but de ce stage et le sujet de mon mémoire de licence professionnelle. Ma tutrice m’a accordé très peu de temps pour cette réalisation refusant de me sortir du planning journalier par manque d’effectif. C’est avec l’aide de mes collègues, que j’ai pu sortir en douce de ce planning, avoir accès à un bureau, à internet (car je n’avais pas de connexion là où je logeais), et de finir dans les temps. Elle se permettait aussi de changer mes jours de congés, sans me demander mon avis, par rapport aux vacances des agents titulaires, bousillant ainsi plusieurs de mes week-ends avec ma mère ou mon concubin. Elle m’a fait une fois participer à une de leurs réunions, mais mon avis ne lui plaisant pas, elle a préféré me congédier le jour suivant en disant « que cela ne me regardait pas ! ».

Comme-ci tout cela ne lui suffisait pas et que l’humiliation n’était pas déjà assez forte, elle a appelé mon professeur tuteur pour cette histoire de syndicats et de rémunération pour lui dire « qu’elle était déçue de mon travail ! ».

Malgré tout cela, j’ai obtenu ma licence professionnelle en septembre 2015 mais pas sans séquelles. La fin chaotique de mon stage, additionnée au fait que je ne trouvais pas de travail m’a fait faire une petite dépression pendant 3 mois.

Aujourd’hui, ça va faire un an jour pour jour que je quittais mon chez moi pour commencer ce fameux stage. J’essaye désormais de garder à l’esprit le meilleur de cette expérience, avec ces rencontres exceptionnelles.

Cependant je ne souhaite plus réaliser de stage de toute ma vie. Ce n’est pas un aperçu du monde du travail, juste de l’exploitation à moindre coût. Je sais que je ne suis pas la seule, et il faut que cela cesse ! #OnVautMieuxQueCa

7 thoughts on “Je ne souhaite plus réaliser de stage de toute ma vie

  1. C’est tout à fait honteux mais tu peux être fière d’avoir tenu autant. Une endurance qui force le respect. Je te souhaite de trouver mieux à l’avenir ! Merci d’avoir partagé cela.

  2. Quand les personnes « responsables » des stagiaires, à savoir les tuteurs, comprendront que les stagiaires sont des êtres humains et qu’on ne peut pas forcément leur demander de faire le même travail qu’un employé, ce sera déjà une belle avancée… (je dis ça parce que le stagiaire doit pouvoir prendre le recul nécessaire vis à vis de son rapport de stage)
    Personnellement, dans mon précédent job, j’ai eu la chance d’encadrer une stagiaire et je me suis efforcé de lui donner à faire un peu de tout histoire qu’elle voit si le secteur lui plaisait (bureau d’études de maîtrise d’oeuvre en bâtiment).
    Cela n’a pas grand chose à voir avec un stage de fin de cursus parce qu’il n’y avait pas de sujet clairement défini mais je pense que j’ai bien agi et que je me suis bien comporté parce que ma stagiaire m’a remercié à la fin de son stage.

    C’est un peu tard pour revenir en arrière mais quand on doute de quelque chose, il faut essayer de se renseigner pour pouvoir argumenter et faire valoir ses droits. Typiquement, legifrance.fr est le site de référence pour les textes de loi et autres, pour le reste il y a aussi des associations qui peuvent aider (je n’ai pas de nom en tête directement).

    En tout cas, je pense qu’il y a toujours des côtés positifs à une mauvaise expérience et c’est sur cela qu’il faut se reposer (sans pour autant garder à l’esprit les problèmes que l’on a eu afin de savoir y faire face une prochaine fois si nécessaire).
    Bravo à toi de te tourner vers l’avenir et tous les stages ne sont pas aussi humiliants ou nuls, cela dépend évidemment aussi de ceux qui t’encadrent.

  3. Non tu n’es pas la seule Marie, un nombre considérable de gens vont se reconnaître dans dans ton histoire, c’est mon cas ! Courage !

  4. Rassures toi, tous les stages ne sont pas comme ça. Tu as eu raison de parler au syndicat. Il aurait dû te soutenir plus. Tu aurais du contacter l’école en même temps (je dis ça surtout pour les jeunes futurs stagiaires)

  5. Vous avez une belle plume et l’exercice de son style prend sa maturité à l’aune des expériences les plus sordides.
    Ces gens que vous avez croisés sont toxiques, malades sentimentalement tout en se complaisant dans le petit pouvoir qu’ils avaient sur vous.
    Des petits chefaillons qui ont clairement manifesté leur lâcheté en voulant impressionner une jeune fille. Pathétique.
    Ne culpabilisez absolument pas, ne vous sentez pas diminuée, ne donnez pas d’importance aux vestiges de vos souvenirs de cette période : Ils sont des parasites qui n’ont aucune valeur ajoutée, détruisant même les efforts d’entreprise en sapant les bonnes volontés.
    Je vous assure que ce type d’individus ne pénètre pas les entreprises/sociétés/collectivités/start-ups dirigés par des leaders éclairés et où la qualité de vie au travail est le moteur de la dynamique de ces entreprises.
    En ayant fait l’expérience de ces personnalités déviantes, vous avez gagné la manière de les percevoir sincèrement derrière leur comportement obséquieux, fallacieux. Ainsi, vous fuirez ces gens en détectant leurs travers dès le premier entretien.
    Essayez l’étranger, l’expatriation est un autre monde, même si vous ne parlez pas anglais, ce qui fut mon cas lorsque je me suis lancé pour un job en Irlande.

    J’ai été stagiaire, employé de grosses structures, cadre moyen, cadre supérieur et j’ai tout plaqué pour lancer mon entreprise : pendant toute cette carrière, des personnalités « déviantes » j’en ai croisé, mais aujourd’hui je réalise le cumul d’expérience que j’ai acquis au regard de la comédie humaine et c’est un atout majeur dans mes tractations actuelles.

    Vous avez eu une expérience, vous en aurez d’autres et je vous assure aussi que vous serez de plus en plus forte psychiquement.
    Vous claquerez le beignet à ceux qui tenteront de vous nuire et vous verrez que plus vous les agresserez en retour avec une répartie cinglante plus vous vous rendrez compte de la petitesse qu’ils s’efforcent de cacher derrière leur comportement perverti, asocial ou/et antipathique.

    La vie professionnelle n’attend que vous ! Et des entreprises se réjouiront d’avoir un élément tel que vous, car vous laissez deviner en filigrane de votre lecture une personnalité riche, cultivée et empathique.

  6. Salut les compagnons de situation…

    Je lis avec bcp d’interêt ce que vous avez écrit et surtout le témoignage de Marie. En ce moment même, je vous écris de mon stage qui se passe très moyen.. (ouais!!!) Si je suis arrivé jusqu’à cette discussion, c’est que je cherchais à passer le temps dans mon stage car je ne fais pas grand chose! Moi aussi je sors d’une formation en tourisme et pour la deuxième fois, je ne branle pas grand chose :(. Je me demande même si je ne suis ici pour une simple raison fiscal ou comme un moyen d’avoir des aides de l’état. Je n’arrive pas à comprendre comment « embaucher » quelqu’un qui est « inutile » puisse être positif à l’entreprise.

    🙁 en tout cas je partage l’avis de Marie: « Stage plus jamais ».

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