Régulièrement, je me brûlais chimiquement le genou

Je travaillais pour une société civile dans un cadre institutionnel en tant que, tout d’abord « plongeur » puis, lors du changement d’employeur, comme « agent de service ». Grosso modo, je faisais de la plonge dans une institution avec plusieurs centaines de personnes par jour. On travaillait beaucoup, à peine au smic, comme nous étions en temps partiel, nous n’avions pas d’heures supplémentaires, mais des heures complémentaires… beaucoup d’heures complémentaires…

Si le contexte de travail n’était pas dès le départ très folichon, c’est quand le site a été repris que ça a « un peu » envenimé les choses. Nous étions sensé être 5 employés par rapport à leur contrat, mais comme ils ne pouvaient pas se le permettre, nous n’étions que 4. Ils préféraient nous faire travailler un peu plus sans pour autant nous payer vraiment mieux. On nous a expliqué que nous devions être pile à l’heure dans la plonge à l’heure précise de notre début de travail et que pour se changer nous devions donc arriver à l’avance. Comme il y avait changement, nous avons été forcés à devoir aussi faire le ménage dans la salle de repas… pour finir par remplacer les femmes de ménage qu’ils nous avaient bien dit tout faire pour les renvoyer.

Mais les choses ne s’arrêtent pas là. On m’a forcé à faire quelque chose que, comme un bon soldat, j’ai été obligé d’accepter et qu’honnêtement ne me choquait alors pas. Il s’agissait de détartrer le sol une fois par mois entre le vendredi soir et le samedi matin… pendant le reste du boulot. Mais ça encore ça pouvait aller. Non, le problème c’est qu’on a tenté de m’expliquer de façon rapide et « évidente » comment s’y prendre. Sans la moindre protection, il s’agissait de mettre un produit sur le sol, d’aller jusque sous les machines, avec un produit pris dans la machine qui était uniquement réservé à la vaisselle… en précisant évidemment que c’était pour faire des économies… forcément, ce produit-là était aux frais de l’institution. Bref, régulièrement je me brûlais chimiquement le genou, mais comme bon soldat je ne disais pas grand-chose.

Et puis ce fut un soir en trop où tout a basculé. Bah ouais, je suis allé trop loin… dont l’idiotie d’y croire. Celle qui supervisait, appartenant à l’institution, en découvrant là où j’en étais m’a obligé à arrêter et a voulu me persuader d’aller aux urgences en rentrant chez moi le vendredi soir tout en m’obligeant à arrêter et à me nettoyer les blessures. Une brûlure c’est déjà pas top, mais alors une brûlure chimique c’est pire. Heureusement on m’a bien conseillé, enfin persuadé, d’aller le lendemain après le travail, aux urgences, sinon tout aurait été de ma faute… et oui ça n’aurait pas été reconnu comme un accident de travail. Bref, en allant aux urgences quand on a vu ce que j’avais, ils ont halluciné ! Brûlure chimique entre le 2ème et 3ème degré sur le genou, les mains (oui parce que même si je portais des gants, comme ça coûtait trop cher de les remplacer très souvent, ils y avaient des micro-trous), un des avant-bras et surtout si je ne portais pas des lunettes je me serais retrouvé borgne.

J’ai été en accident de travail pendant un mois, le temps d’être soigné pour les brûlures. Etrangement je me sentais bien pendant toute cette période. Et s’ils ont essayé de me faire m’estimer comme étant responsable, ils ont préféré ne pas trop me provoquer pour que ça ne leur retombe pas dessus. Quand j’ai dû reprendre, il m’aura fallu un jour et demi (sans parler des quelques jours avant ma reprise) pour être mis en arrêt de travail. J’ai été suivi par un psychiatre et me suis renseigné sur la manière dont on doit s’y prendre pour ce type de nettoyage. Déjà ce produit était discutable, mais il fallait aussi tout un « arsenal » de protections, mais pire encore une formation ! Mais je n’étais pas payé plus…

Et j’ai beaucoup repensé à toute la situation : nous étions des employés d’un précédent prestataire qu’ils étaient obligés de garder. Nous avons été obligés de réclamer le matériel basique (pas celui pour la situation qui m’a provoqué l’accident). Une des nôtres est parti pour des raisons personnelles et elle a été remplacée par une autre qui venait d’un autre site (non, ils n’ont pas embauché quelqu’un en plus). Puis, ils ont remis en cause la chef d’équipe, une des anciennes donc, pour la remplacer par une de l’autre site qui était censé être la déléguée des employés… mais qui était bras dessus-bras dessous avec l’employeur.

Nous étions continuellement remis en cause, obligés à faire des manœuvres de travail totalement inadaptées, nous amenant à une tension qui nous a retourné les uns contre les autres. Des problèmes de santé que j’ai eu ont été pris comme moyen de se moquer de moi, donc me faisant de plus en plus sombrer dans la dépression… bref ils voulaient qu’on parte d’ici. Les deux autres ont fini par être renvoyés et j’ai été licencié pour inaptitude. Et comme on a été divisés, on ne s’est pas joint pour protester… diviser pour mieux régner.

Je ne remercierai jamais assez en tout cas la médecine du travail parce qu’ils ont quand même bien compris, bien expliqué et bien réagit. Au final nous avons quand même bien plus travaillé que ce que nous étions payés et bien moins considérés que ce dont nous étions capables.

Aujourd’hui j’ai repris mes études et j’en suis bien content, même s’il est vrai que de ce côté-là il y a aussi énormément de choses à dire. Mais j’ai été aussi employé comme quelque chose de « fonctionnaire » (oui entre guillemets parce qu’ils ne sont pas considérés comme tels) où la situation n’est pas à reluire. En fait j’en fréquente encore beaucoup et ils sont tous dégoûtés de comment ça se passe et comment ça change… mais c’est une histoire de plus, tout comme au niveau des études, etc.

One thought on “Régulièrement, je me brûlais chimiquement le genou

  1. Ouaou triste histoire. Bon courage pour la suite.
    Il y a trop de combats à mener. On espère qu ça va péter une bonne foi pour toute …

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