« Il y en a plein d’autres derrière toi qui attendent, estime toi heureux »

J’ajoute ma pierre à l’édifice. J’ai bossé quatre ans dans l’événementiel, dans un marché de niche : la retransmission live d’opérations chirurgicales pour des congrès organisés par des grands groupes du médical pour vendre leurs produits (prothèses, instruments chirurgicaux…). Outre le fait d’avoir vu l’envers du décor de tout ce milieu (des opérations volontairement plus invasives pour la caméra — on ouvre plus large, on passe plus de temps, on prend plus de risques uniquement pour le congrès), j’ai connu ce qu’est être intermittent dans une petite PME dirigé par un tyran.

Embauché originellement en tant que développeur web, j’ai du apprendre sur le tas à devenir cameraman 3D, régisseur, technicien son… le tout pour un SMIC négocié dans la douleur à 1400 net après deux ans. Des semaines de travail de 70 à 80 heures, avec des nuits de sommeil de 2-3h si ce n’est nuit blanche pendant les congrès. J’ai dû également être ouvrier de chantier (dans cette même boite),  et me suis retrouvé à câbler des connecteurs réseaux dans une salle ouverte à l’extérieure en plein hiver dans un chalet de milliardaire en plein hiver à Courchevel (donc -5° pendant plusieurs heures) pour résultat de me retrouver malade comme un chien pendant mes vacances de noël. Oui, ça sonne comme un kamoulox, mais c’est le boulot que j’ai fait, et c’est très, très loin d’être exhaustif. Tout ça sous le caprice d’un patron tyrannique qui considérait que du moment qu’il employait quelqu’un, celui-ci était un esclave qui devait accepter de faire tout et n’importe quoi dans n’importe quelle conditions.
Parce que, « il y en a plein d’autres derrière toi qui attendent un travail, donc estime toi heureux ».

Après trois ans, j’ai vécu un burn out qui a duré un an et qui m’a mené à devoir prendre des antidépresseurs et anxiolytiques. Je ne pouvais plus retourner au travail parce que j’étais terrorisé par mon patron qui avait pris comme passe temps malsain de m’humilier devant mes collègues, ce parce que j’avais des convictions politiques différentes des siennes. Un médecin a eu pitié de moi en me voyant dans cet état et m’a mis en arrêt pendant plusieurs mois. Pendant ce temps j’ai fait toutes les démarches qu’il fallait auprès de la médecine du travail pour faire reconnaître mon harcèlement et les conditions de travail que j’avais vécue, sans succès. Personne ne m’a écouté, la responsable de la médecine du travail sur laquelle je suis tombé connaissant personnellement mon patron m’a saqué et n’a rien fait pour m’aider. Je m’en suis finalement sortis en démissionnant sans garantie de pouvoir trouver quelque chose derrière (et donc sans aucune sécurité, aucun chômage).
J’ai eu la chance d’arriver à retrouver un autre job assez vite. Mais l’impression de n’avoir vécu tout ça pour rien, de n’être qu’un consommable d’une société tyrannique, qu’on presse et oppresse jusqu’à être jeté à la benne à ordures du pôle emploi.

Je sais pas si quelqu’un aura eu le courage de lire tout ça jusqu’au bout, mais je le dis haut et fort: putain oui, #OnVautMieuxQueCa …

*photo d’entête : source

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