Je me sentais répudié, parasite, et surtout inadapté.

J’ai 26 ans cette année. J’ai arrêté de travailler lorsque j’ai eu l’âge de recevoir le rsa. Je vis donc de peu, et cela me convient, pour le moment.
Je n’ai pas fait d’études car j’ai souffert des disparités, des inégalités et l’abnégation individuelle de la connaissance à l’école, alors même qu’il m’était facile d’apprendre leur programme.

J’ai donc travaillé, enchaîné les petits jobs à droite à gauche, et j’ai systématiquement du lâcher un par un ces emplois car ils amenaient plus de souffrance psychologique que de bénéfices pour mon quotidien. Je vais vous citer quelques exemples simples et concrets.

J’ai travaillé en télémarketing, à vendre des crédits revolving à des personnes qui en possédaient déjà un (ou plusieurs). La technique de vente est abominable et relève de la manipulation permanente. J’ai décidé d’arrêter cet emploi lorsque je me suis trouvé face aux enfants des personnes que je devais contacter, dont les parents étaient décédés ou en incapacité de me répondre et il m’a été interdit de leur expliquer qui j’étais et pourquoi j’appelais. J’ai du leur mentir, leur cacher la vérité sur les dettes de leur famille.

Ça a été pour moi une des première révélation concernant le monde du travail.

Quelques temps après, j’ai travaillé dans une centrale à béton, je devais vérifier la qualité du béton envoyé dans un chantier au quotidien, j’avais donc des quotas à respecter dans un temps imparti. Je faisais bien mon travail et ils commençaient à me parler de promotion. Mais un matin alors que j’avais fini mes tâches et que je prenais 5 minutes pour fumer une cigarette avant d’aller sur un chantier ( je bossais en moyenne 43h/semaine), mon patron est sorti, furieux, de son bureau et m’a menacé de renvois car il me voyant « glander », malgré que mon travail fut déjà accompli, et il a accompagné cette menace d’une remarque exceptionnelle de vérité:  » Si je possédais un magasin de fringues, et qu’aucun client n’était présent, je te ferai déplier et replier toute la boutique, pour pas te voir glander.« 

Ce fut la 2ème goutte de trop et je quittais encore cet emploi. (Bien entendu, comme pour le premier, le chômage était impensable vu que j’étais parti de moi-même.)

Une troisième fois, dans une chaine de restauration, je travaillais en tant que serveur. Au bout d’une semaine, le métier était rentré (j’avais déjà de l’expérience dans le domaine) et ils étaient satisfait de mon travail. Mon patron est alors venu me voir en me proposant le poste de « chef de rang » (un peu mieux payé, plus de pourboires et de responsabilités), je lui ai dit que je ne voulais pas, que j’étais satisfait en simple serveur et qu’il y avait en plus des serveurs qui étaient présent dans la boite depuis plus longtemps (dont une personne qui était là depuis un an et à qui ils n’ont jamais proposé le poste en question.) Mon patron m’a alors expliqué que le temps de la boite était de l’argent, et que si je refusais de travailler mieux pour leur faire gagner ce précieux temps, c’est que je choisissais de saboter la boite, de leur faire perdre de l’argent. Là encore, je suis parti.

Mes derniers emplois, juste avant mon 25ème anniversaire, m’ont tous été refusés car, je cite « je porte la barbe (ou la moustache car j’avais fais un effort pour me tailler pour eux) et que je ne pouvais pas la garder car cela allait en l’encontre de l’image de la boite auprès des clients ». On m’a donc demandé gentiment de ne pas revenir.

Je précise que ces emplois, pour lesquels on voulait me faire porter un uniforme et me faire changer de coupe de cheveux/barbe ne nécessitaient aucunement des normes sanitaires ou sécuritaire concernant ma barbe, ils leur étaient donc interdit de me licencier pour cela.
Mais la réalité est toute autre.

Ce n’est qu’un petit témoignages parmi tant d’autres, et sûrement moins violent que d’autres, mais pendant longtemps je culpabilisais d’être « incapable de m’adapter », de devoir en permanence chercher du travail (même lorsque j’en avais un, car je souhaitais tout le temps en changer !) et lorsque je ne travaillais pas, vous l’imaginez, la situation était difficile. Je n’ai jamais pu toucher le chômage et il m’a fallut du temps pour accepter que la responsabilité de cette souffrance, de ce dilemme (chercher du travail parce que pas d’argent/souffrir du travail malgré l’argent et recommencer cette boucle) ne m’incombait pas.

Je me sentais répudié, parasite, et surtout inadapté.
Le jour ou, enfin, j’ai pu respirer librement, et ou j’ai commencé à entendre des choses similaires autour de moi, j’ai alors compris que ce n’était pas moi l’inadapté au monde du travail, et que ce que j’ai pu fournir à côté (j’ai été bénévole en associations plusieurs fois, j’ai monté et/ou aidé à monter des projets artistiques, j’ai diffusé et participé à la diffusion d’informations relatives à l’éducation populaire) avait été bien plus efficace socialement que le plus bénéfique (pour mon employeur bien sur) des mois de travail que j’ai pu faire.

Merci à vous tous pour ce que vous faites, c’est la base de notre (r)évolution, et vous apportez un soutient immense à tous ceux qui souffrent encore de leur conditions déplorables, vous êtes bien plus important que le plus riche et puissant des patrons.

One thought on “Je me sentais répudié, parasite, et surtout inadapté.

  1. Heureusement que tu as eu assez d’amour propre et de lucidité pour refuser ces agissements abjectes, mais à quel prix, celui de te sentir « inadapté » 🙁
    Bravo à toi d’avoir su dire non !

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