Harcèlement et violence physique en restauration rapide

Quelques jours avant mes 18 ans, je postule dans une chaine de restauration rapide. Je décroche tout de suite un entretien d’embauche qui se passe très bien.
Je commence quelques jours après, confiante et contente d’avoir un premier job.

Je suis accueillie le premier jour par les insultes de mes collègues quand j’ai voulu me présenter et ça va continuer sur ce chemin les 2 mois environ que j’y ai travaillé.
J’avais normalement une semaine entière de formation, c’est ce qui était écrit sur mon contrat. Ça n’a duré qu’un seul jour durant lequel tous mes collègues se sont plaint que me former leur faisait perdre du temps et les ennuyait. Bref je n’ai pas appris grand-chose et on m’a laissée me débrouiller toute seule dès le lendemain.
Difficile de tenir le rythme quand on ne sait pas où se trouve ceci ou cela, ou comment marche telle machine et quel produit utiliser. Mes gentils collègues ne se sont pas gênés pour en avertir le directeur et les managers. Je passais pour faignante, incapable et stupide et je me suis retrouvée avec une manager collée sur mon dos en permanence à me hurler « plus vite, plus vite, plus vite … » dans les oreilles des heures durant.

La même manager qui me hurlait tout le temps dessus a décidé qu’elle pouvait rendre ma vie plus insupportable encore. Elle me faisait dépointer, puis me faisait comprendre que je devais retourner au travail tout de suite si je voulais pas être licenciée. Des dizaines d’heures ne m’ont pas été payées de cette façon.
Le matin avant de pointer, elle me tenait la jambe et m’empêchait d’atteindre la machine à pointer, quand j’y arrivais je me retrouvais avec un retard de 3 ou 4 minutes. Ça me coutait 16 euros de pénalité sur mon salaire.

L’autre chose avec laquelle elle me tourmentait c’était l’eau. 2 fois par jour environ on nous servait un grand gobelet d’eau, mais le mien tombait toujours par terre ou était oublié. Obligée de boire au robinet des toilettes (sans qu’on ne me voie, strictement interdit), un robinet avec une étiquette « eau non potable » dont l’eau était toujours chaude. J’en ai bu des centaines de litres, courir dans une chaleur très élevée 6h d’affilée sans boire, ce n’est pas possible.

Gestion désastreuse, pas assez d’employés sur les rush, coupure fréquente d’électricité dans certains locaux (compteur défectueux), le local aux poubelles infiniment trop petit pour contenir tous les déchets (je vous jure, une pile qui touchait le plafond 2 fois par jour), machine à laver en panne une fois sur deux, casiers insuffisamment sécurisés (vols systématiques), toilettes et robinets en panne, etc …

Je vais parler d’hygiène. Une horde de cafards dans le couloir principal.
Les évacuations au sol étaient tout le temps bouchées, on baignait dans un mélange de produit ménager, de graisse et déchets en tout genre, ça montait jusqu’aux chevilles. De temps en temps un hamburger juste fait tombait dedans et un collègue le ramassait vite fait pour l’envoyer aux clients, son excuse était la flemme d’en refaire.
Salade brune et toute collante quand même servie dans les hamburgers (sous prétexte qu’on avait fait pire par le passé).
La garniture qu’on est supposé jeter chaque fois que le timer sonne, bah on éteignait juste le timer sans rien jeter. Les fromages fondaient et se mélangeaient entre eux, je devais déchirer les blocs obtenus et coller des petits bouts sur les burgers.
Des collègues qui faisaient des trucs dégueu comme les doigts plein de sang plongés dans la laitue.

J’ai été énormément insultée bien sur, on lançait aussi des rumeurs du genre je couche avec tous mes collègues masculins dans les toilettes. On sabotait mon travail, ou alors un collègue faisait une connerie puis courait avertir le manager de ce que je venais de faire. Des petits groupes se liguaient contre moi, juste parce que j’étais une nouvelle. Mais j’ai été aussi frappée par une collègue (coups de pied dans le bas du dos), menacée de mort ou de passage à tabac par l’une d’entre eux, et parfois on soufflait sur mon passage « je sais où t’habites ».
Un soir ça a dégénéré à la plonge, une collègue m’a fait tomber sur un tas d’instruments métalliques et m’a donné des coups de pieds, je me suis relevée en la poussant mais elle a continué, et voilà je me suis retrouvée à me battre avec elle. Ceci dit, elle est venue me demander pardon quelques jours après. Je l’ai pardonnée, je crois qu’elle pétait juste un câble et qu’elle n’en pouvait plus, elle est devenue sympa avec moi suite à ça.

Pour finir, j’ai été virée sans explication aucune un peu avant la fin de ma période d’essai (2 mois et demi chez eux) le même jour qu’une dizaine d’autres personnes environ (7 dont je suis sure pour l’avoir entendu de leur bouche). On me proposait de faire une dernière semaine de travail, j’ai été la seule de tous les licenciés à venir.
Tout le monde est devenu gentil, on oubliait plus de me donner de l’eau, on ne sabotait plus mon travail, la manager qui me haïssait est devenue amicale et me remerciait à chaque geste que je faisais. Le directeur me fuyait et était incapable de me regarder dans les yeux.
Je n’ai toujours pas compris !

J’ai trouvé cette expérience horrible, mais je crois que ça a été pire encore pour d’autres. Presque chaque jour une fille faisait une énorme crise de larme, parfois au bout d’une seule journée de travail. J’en ai vu plusieurs faire les cent pas plusieurs heures d’affilée, à répéter les mêmes phrases « Pourquoi on me fait ça ? » ou « J’ai rien fait pour mériter ça, je comprends pas !« . Personne ne les aidait et la plupart des managers nous disaient juste de faire avec et de continuer notre travail, alors j’ai essayé de les calmer mais je n’y suis arrivée avec aucune. Elles ont toute démissionné dans les cris et sérieusement troublées.

J’ai quand même rencontré des collègues très sympathiques qui ont tenté de m’aider et qui me soutenaient face aux groupes qui s’acharnaient sur moi. On avait tous la même manager sur le dos, on se prévenait quand elle était dans les environs, on rusait un peu, etc.
Deux des managers avaient de bonnes pratiques et faisaient vraiment de leur mieux. Plutôt que crier inlassablement « plus vite », ils nous encourageaient, nous disaient qu’on faisait un super boulot, que si on pouvait réussir à aller encore un peu plus vite, ce serait génial. Ils nous remerciaient et nous complimentaient. Ils essayaient d’être justes et de remonter le moral de ceux qui flanchaient.
Mais l’un d’entre eux a été licencié d’une manière douteuse, et on était plusieurs à avoir remarqué qu’il était traité d’une drôle de manière par les autres (quand il faisait un emploi du temps, on avait ordre de ne pas en tenir compte, des choses comme ça), probablement harcelé.

Je l’ai relativement bien encaissé, disons que j’ai été à bonne école, mais je vous cache pas que ça m’a profondément dégoutée et que j’ai perdu toute illusion à propos du monde du travail.
Je sais pas si je pourrais faire confiance à un supérieur après ça, le directeur avait toujours été très sympa avec moi, on discutait souvent ensemble et mon travail semblait lui convenir (il ne m’a jamais fait de reproches), ça l’a pas empêché de me faire un sale coup.
Bref, je suis pas pressée de retravailler un jour.

 

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