Un pervers narcissique dans la fonction publique

Je suis une femme de 29 ans, aujourd’hui au chômage après avoir quitté le poste de mes rêves (Responsable de secteur en bibliothèque) dans une ville d’adoption qui me touchait beaucoup, avec des collègues que j’aimais beaucoup, certains sont même devenus de vrais amis et je les vois encore aujourd’hui. Je ne me suis pas fais virée. Je suis partie.
Après 5 ans et 6 CDD au même poste, je n’ai pas renouvelé mon contrat.

Pourquoi ?

On vous dit que dans la fonction publique on est protégé. Que la Territoriale est une grande famille. Droite, juste, au service du public, c’est-à-dire des citoyens. Et qu’on y est tellement mieux que
dans le privé. Je n’en suis pas si sûre. On est mal partout.

Mon responsable, directeur de la médiathèque, est un pervers narcissique proche de la soixantaine. Il a épuisé plusieurs collègues durant sa carrière, plusieurs collègues ses dernières années, avant que ça ne tombe sur moi. Chaque fois la hiérarchie était au courant, parfois les syndicats également et rien n’a été fait. Rien ? Ah non,j’exagère, pour le « punir » on l’a changé de municipalité… et on lui a confié un poste avec plus de responsabilité, plus de personnes à encadrer, évidemment un meilleur salaire. Une promotion en somme.

Bref, pour en revenir à mon cas. Un jour ce fut mon tour. Jeune,enthousiaste, je ne comptais ni mon énergie ni mes heures dans ce boulot que j’adorais. Je me donnais tellement qu’il a réussi à me
faire rentrer dans une ronde infernale de projets qu’il fallait faire et défaire, de douches froides, un peu d’humiliations également. Un jour, épuisée, je lui ai demandé un entretien avec sa supérieure hiérarchique pour qu’elle m’explique elle, ce que lui ne voulait pas me dire : à quoi servait mon taf. C’est ce jour là qu’il m’a menacé.
De me démolir. Menace physique ou psychologique ? Je crois que cela m’a touché comme si j’avais reçu une claque.

Sonnée, c’est grâce au soutien de mes proches que j’ai trouvé la force d’en parler à mon médecin. Arrêt de travail.

Puis ce fut le début d’un calvaire d’un an : incompréhension de certains collègues, isolement, dépression. Lui qui enfoncé le clou de plus en plus et moi qui m’enfonçais encore et encore.
La hiérarchie était au courant, il a avoué devant eux. Mais rien. Les ressources humaines étaient au courant. Tout ce qu’ils ont fait c’est me convoquer à 1 contre 3 pour m’ordonner de me taire, de ne pas en parler.
C’est là que j’ai compris que je n’avais pas le choix. Si je voulais m’en sortir, il fallait que je me batte. Alors j’ai communiqué. Avec mes collègues, avec mes proches, avec les syndicats.

Il y a eu un petit mieux. Et puis changement de N+2. Son chef à lui est parti, un nouveau est arrivé, genre ambitieux et qui a pris des cours de management à l’américaine.
Et c’était reparti. Comme je ne me suis pas tue, comme j’ai parlé, il fallait me pousser dehors. Alors c’était chaque semaine des menaces de licenciement, devant les collègues mais aussi devant les gens venus à la bibliothèque, pendant les heures d’ouverture. Humiliation. Mais j’ai tenu bon.

Finalement, j’ai suivi le conseil de mon médecin, de mon mari, de mes psy (oui, j’en ai vu deux en même temps pour me sortir de là) : dès que mon mari à trouvé du travail ailleurs je suis partie.

Lui n’a rien eu. Ce n’était pas la première fois pour lui, et ça ne sera pas sa dernière. Il a détruit des santés, il continue, bien au chaud, bien protégé.

J’avais trouvé mon job de rêve, des collègues supers, et j’y croyais tellement fort, à cette belle fonction publique. A ce service public tellement sain, équitable, fraternel… Je suis tombée de très très
haut.
Aujourd’hui je suis au chômage, mon mari à un travail (qui lui plait !) à temps partiel. Et je suis bien plus heureuse qu’il y a quelques mois.
Mais quand même, merde, On Vaut Mieux, tellement Mieux Que ça !

15 thoughts on “Un pervers narcissique dans la fonction publique

  1. Salut,

    Je suis en épuisement professionnel ou burn-out ou dépression ou… suite à une mutation dans une médiathèque municipale dirigée par une personne assez pathologiquement perverse et narcissique.

    Ni la perversion ni le narcissisme ne sont, en elles-mêmes, des pathologies ; chacun-e possède une part de ce types de pulsions comme celles relevant de la névrose ou de la psychose. C’est à partir du moment où la perversion et le narcissisme font souffrir non seulement le sujet mais surtout dans le cas d’un-e chef les subordonné-es que le problème se pose. À cela s’ajoute le silence et la non-assistance des N+2, des DRH et autres DGS et surtout, à mon avis, des élu-es.

    Nous avions tenté un mouvement de grève – car « mon cas » n’était pas isolé, une bonne partie du personnel souffrant psychiquement d’un management pathogène. Le préavis d’une heure reconductible avait été posé par la CGT à un mois des élections dans une mairie dont la tendance politique est plutôt proche de cette centrale syndicale. Inutile de dire donc qu’on s’est fait royalement roulés dans la farine par la suite.

    Après 10 mois d’arrêt puis discussions avec le N+2 qui avait changé comme chez vous, j’ai atterri dans un placard. Ce N+2 m’a dit de « faire le deuil de mon métier de bibliothécaire ». Une heure après, j’avalais une surdose de tranquillisants : appelons-ça une tentative de suicide.

    Je suis à nouveau arrêté et j’en suis à quémander un congé pour formation professionnelle pour me reconvertir dans un autre domaine à 43 ans.

    Vous avez quelques part de la chance d’avoir été en contrat. Dans la territoriale, on ne demande pas une mutation, il faut trouver soi-même le poste et « se vendre ». Il faut supporter les lubies des élu-es et leurs rivalités avec les directions qui se disputent l’autorité.

    On vaut mieux que ça ? On vaut mieux que quoi ? C’est quoi la valeur ? Le travail ? Oui on vaut mieux que le travail. Parce que c’est le travail qui est mort et nous, nous sommes vivants.

    NOS VIES VALENT PLUS QUE LEURS PROFITS, LEURS POUVOIRS, LEUR TRAVAIL.

  2. Oui, on vaut mieux que ça! A 68 ans, en 2016, j’ai une retraite minable car, en effet, je suis, malgré (ou à cause de) ma compétence et mes diplômes, partie plusieurs fois pour les raisons que vous décrivez si bien. J’AI TENU, COMME ON DIT… Mais ces Messieurs qui m’ont exploitée et humiliée ont poursuivi une belle carrière (le plus jeune est toujours en service, les autres jouissent d’une retraite confortable). Heureusement que je me souviens du précepte de ma grand-mère: tant que je peux offrir quelque chose à quelqu’un, je suis riche!

  3. Et pourquoi ne pas divulguer son nom et sa photo sur tous les réseaux sociaux ? pourquoi ne pas avertir le monde de sa dangerosité en le stigmatisant ? Cela éviterait une future victime. Moi, à votre place, je n’hésiterais pas.

  4. Je vais finir par croire que la fonction publique territoriale est une vraie cause perdue… avec des connards à tous les étages de la hiérarchie dès que le sujet hyper clivant de la culture entre en jeu (ici, une médiathèque… ailleurs un théâtre, un centre culturel, etc.). La politique politicienne et ses travers pour seul guide : vaste blague. Aucune vision. Electoralisme bonjour.
    La machine administrative est un véritable escargot. Le moindre dossier prend des mois à traiter, même pour les plus simples. Les DGS et autres chefs de cabinets se complaisent dans des procédures gratuitement complexes et archaïques, qui sont d’un manque absolu d’efficacité.
    Les audits financiers qui prennent les problèmes par les petits bouts de lorgnette se multiplient, à grand frais, et n’aboutissent qu’à des solutions absurdes qui ne respectent qu’une seule chose : l’économie, le fric, le pognon (appelez ça comme vous voulez), mais sûrement pas les êtres humains (qu’il s’agisse des agents dans les services, et des citoyens/usagers des services publics).
    D’ailleurs, qu’est ce que ça peut bien vouloir dire encore « service public » ? Pas grand chose, j’en ai bien peur.
    La méthode Coué est dans toutes les bouches : on considère souvent qu’il suffit de se convaincre qu’un truc fonctionne pour qu’il donne vraiment l’impression de fonctionner… même s’il ne fonctionne pas. La gestion des problèmes repose exactement sur le même modèle : n’en parlons pas et tout ira bien.
    Les services RH sont des merdes sans nom dans les mairies de mon point de vue. Bourrés de gens totalement incompétents (en même temps, on attire pas les mouches avec du vinaigre, quand on voit la gueule des salaires…), qui ne voient pas plus loin que le bout de leur petit bureau bien chaud, et qui oublient le sens même de la relation humaine et du travail de terrain.
    Tout me semble n’être qu’une vaste blague en la matière : du recrutement (où les CV ne sont pas lus, les agents utilisés comme bouche-trous), à la négociation salariale (avec des salaires misérables avec des perspective d’évolution très faibles), en passant par la difficulté d’accès à la formation continue (avec un CNFPT amorphe que même des organismes de formation privés désapprouvent totalement)…
    Des réunions mal gérées avec des gens qui se donnent un air important et qui sirotent du café. Voilà ce qu’est devenue la fonction publique territoriale. Dire que les élus locaux arrivent encore à s’étonner de la défiance des citoyens envers la classe politique… moi, ça ne m’étonne plus depuis longtemps, quand on voit comment sont gérées la majorité des municipalités…
    Franchement, parfois je me dis que ceux qui envient les fonctionnaires ne savent pas de quoi ils parlent…

  5. Tu as quand même une belle expérience de 5 ans. Je te souhaite de retrouver un poste dans ce travail que tu as l’air d’aimer.

  6. C’est toujours comme ça dans la fonction publique: quand un fonctionnaire pose problème, on le mute ou on lui offre une promotion ailleurs. On ne le vire pas. Jamais. La seule possibilité éventuelle pour virer un fonctionnaire, c’est s’il commet une faute grave qui est rendue publique et que l’opinion publique réagit ; autant dire que c’est assez rare.

    Des cas comme ce type sont hélàs récurrent dans la fonction publique. C’est pour cela, entre autre, que les formateurs des profs sont en majorité mauvais: ce sont d’anciens profs qui étaient tellement mauvais que les parents se plaignaient, et du coup ils ont été promus profs à l’iufm, poste tranquille où les étudiants se taisent pour avoir leur master.
    Un prof de sport accusé de harcèlement sexuel a été promu principal adjoint dans un autre collège du département.
    Un principal adjoint désagréable avec le personnel et mauvais en gestion a été promu principal dans un collège à 2km de chez lui.
    Un « mauvais » prof de maths (je ne dis pas qu’il était nul en maths, juste qu’il était mauvais en enseignement) est muté chaque année dans un collège différent, comme ça ce ne sont pas les même élèves qui en souffrent et les mêmes parents qui s’en plaignent. Le temps qu’il fasse le tour des établissement du département pour revenir à son point de départ, on l’aura oublié. Et sinon, il sera promu, soit prof à l’espe soit principal adjoint.

    Le renvoi, dans la fonction publique, ça n’existe pas. Donc il y a forcément du personnel « mauvais » (pas bon dans sa fonction ou hautement désagréable avec le reste du personnel) ou qui ne sert à rien. Des postes « placard » où ils se la coulent douce et ou on les envoie avec une bonne promotion pour qu’ils ne se plaignent pas et ne dérangent plus.
    Il y a certainement aussi des abus dans le privé, mais au moins, quand un employé est vraiment mauvais, on peut le renvoyer….

    1. Pourquoi les pervers narcissiques seraient-ils limités à la fonction publique. Ils sont aussi dans le privé, avec le même sadisme, la même inefficacité, qui rencontrent l’approbation de leurs chefs (ce qui est normal dans la conjoncture), mais aussi des autres salariés (qui ont la trouille). Lorsqu’on est confronté à ce genre de situation, on se dit qu’il n’y a strictement rien à faire pour que la situation politique et économique change vraiment. La plupart des gens sont lâches. Ils l’ont prouvé pendant l’Occupation.

      1. je ne dis pas que les pervers narcissiques sont limités à la fonction publique. Je dis qu’une fois qu’il y en a un dedans, il y reste à vie. Sauf s’il démissionne de lui-même, et encore, s’il quitte son pose la fonction publique lui en proposera un autre….dans la fonction publique.

  7. Tu as bien fais de te battre. Courage dans tes recherches à venir. Tous les responsables ne sont pas ainsi (heureusement), je te souhaite de pratiquer à nouveau, dès que possible, le métier de tes rêves dans un contexte plus serein.
    On a le même âge, le même métier (mais pour ma part, bardée de diplômes, je ne parviens pas à obtenir l’expérience suffisante pour paraître légitime aux yeux des recruteurs mais je ne baisse pas les bras).

  8. Sujet à discuter je pense sur le forum AgoraBib, pour les retours d’expérience : l’oeil associatif est différent de l’oeil syndical, la parole y est plus libre, (pas les mêmes contraintes).

    Je connais des gens dans la territoriale et qui m’on raconté des horreurs sur ce côté république bananière, mais c’était dans la filière administrative, pas en bib.

  9. Moi aussi je suis victime d une responsable narcissique qui passer son temps à me rabaisser dévaloriser et même mentir sur des faits
    Aujourd’hui je dois être mutée mais la direction fait tout pour me mettre les batons dans les roues
    Malgré la reconnaissance de cette souffrance suite au harcelement par les médecins syndicats. Je ne peux rien faire..
    Si ma famille n était pas la ..Je me serai tout simplement suicider…..

  10. Moi aussi je suis victime d une responsable narcissique qui passer son temps à me rabaisser dévaloriser et même mentir sur des faits
    Aujourd’hui je dois être mutée mais la direction fait tout pour me mettre les batons dans les roues
    Malgré la reconnaissance de cette souffrance suite au harcelement par les médecins syndicats. Je ne peux rien faire..
    Si ma famille n était pas la ..Je ne sais pas j aurai eu le courage de continuer à vivre ainsi. ..

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