Corruption dans une banque

Je m’appelle G., j’ai 33 piges bientôt.  J’ai fais des études en com au moment où il paraît qu’il y avait du travail dans la branche, sorti de ma promo en 2009 en plein coeur de la crise pour être accueilli les bras grands ouverts par deux années de chômage.

J’ai finalement trouvé du taf dans une région dite sinistrée, puis j’ai eu l’opportunité de rentrer dans une banque, toujours dans la communication. Et là je dois dire, qu’en 4 ans au sein de cette entreprise, j’ai découvert ce que c’était que d’être brisé humainement dans ses aspirations, dans ses principes et dans sa nature. La bonne vieille aliénation dont je ne connaissais pas le nom à l’époque.

J’ai découvert un modèle d’entreprise où la corruption, le copinage, la dictature de la lâcheté, de la médiocrité et de l’incompétence faisait loi, dans un secteur où l’on vantait pourtant la responsabilité et l’efficacité. J’ai découvert les chefs abusifs, la déontologie zéro, l’abus de biens (un conseil d’administration qui se paye un voyage de  100 000 € sur le dos de la clientèle, ça fait rêver), la manipulation des travailleurs pour les monter les uns contre les autres, la zombification des salariés (on pointait, là-bas. Je me souviens du DRH à mon embauche se plaignant d’avoir des gars qui faisait leur temps à la minute près – quatre ans plus tard j’ai compris, c’était la démotivation et le plafond de verre illustrés), j’en passe et des meilleures.

J’ai bouffé à ce ratelier là. J’en suis moi aussi venu à penser que j’étais parmi les chanceux, d’être dans une entreprise qui offrait tellement de sécurité, même si c’était au prix de devoir accepter un état de fait déplorable, en dépit d’une réalité concrète qui me criait le contraire. Mon sommeil et ma santé s’en sont ressentis, mais bon, « c’est le boulot, si on faisait ça par plaisir on appellerait ça un hobby ». Je crois même avoir défendu le système, défendu l’entreprise, sous prétexte qu’il fallait pas mordre la main qui te nourrissait; l’inverse aurait été reconnaître que je contribuais à une situation qui me révulsais.

Bref, il se trouve que ma compagne, en parallèle, vivait d’autres abus dans une entreprise en déclin (pour faire rapide : un ancien adminsitrateur qui avait pipeauté les comptes dans le but de racheter la boîte, avant de se faire gauler la main dans le sac, avait laissé l’entreprise dans un état de faillite qui a duré deux ans), et a pu récemment trouver un nouvel emploi.

Elle a donc changé de boîte, et j’ai démissionné de la banque. Ca va faire 4 mois que je pointe à PE et ça ne s’annonce pas être une partie de plaisir, mais je dois avouer une chose essentielle : j’ai retrouvé ma dignité. On nous a asséné en permanence depuis trente ans que le chômage c’était la honte, mais le voile est en train de se déchirer, plutôt être chômeur que de continuer à ramer sur la galère du système capitaliste qui broie l’humain et a mis le progrès de notre civilisation en pause.

Je ne sais pas pourquoi je vous raconte tout ça. Probablement parce que je pense qu’une initiative comme la vôtre marche au réel, et que je voulais vous en donner un peu. Il faut reprendre les rennes du réel aux économistes, aux capitalistes et aux libéraux, qui nous vende une réalité humaine tordue pour se justifier en vous traitant d’idéalistes – alors que ce sont eux les idéologues.

La part d’absolu de notre réalité, elle crie que vous êtes dans le vrai, que nous sommes dans le vrai. On ne résoudra pas les grands défis de ce siècle grâce à un système capitaliste qui sert les 1% d’individus à la source de ces mêmes difficultés.

Je veux aussi vous dire qu’il faut continuer, il faut aller plus loin. Je connais beaucoup de gens intelligents, ayant des convictions profondes mais qui n’ont jamais voulut s’engager en politique pour ne pas être corrompus par un système qui n’a fait que créer des incompétents déconnectés des citoyens, se dévouant corps et âme au clientélisme et à l’éléctoralisme forcenés.

Il faut une bannière, il faut qu’on se rassemble et il faut une structure pour que ça ne reste pas un mouvement social Internet de plus. Je dirais bien de créer un parti politique, mais ça ne fonctionnera pas, il faut trouver une structure alternative et, honnêtement, je ne sais pas laquelle. Mais si vous trouvez je serais là, on sera là.

*l’image est l’œuvre d’un artiste grec,  Stefanos (plus d’infos ici)

2 thoughts on “Corruption dans une banque

  1. « Je crois même avoir défendu le système, défendu l’entreprise, sous prétexte qu’il fallait pas mordre la main qui te nourrissait; l’inverse aurait été reconnaître que je contribuais à une situation qui me révulsais. »

    Et ils sont encore nombreux comme cela, à expliquer pourquoi il faut faire des heures, des heures, des heures, parce qu’eux même le font.
    Et ils n’ouvrent pas les yeux, car accepter de dire que c’est anormal, ce serait dire qu’ils se trompent.

    Mais n’oubliez pas, « après l’effort le réconfort » est une phrase fausse dès lors que le réconfort est entre les mains de celui qui demande l’effort.

  2. Je serais là aussi si ce « parti » (ou je ne sais quoi) apparait. Une bannière à brandir serait magnifique.
    Merci pour ton témoignage et bonne chance !

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