« C’est pas tout hein, mais va falloir se remettre au boulot ! »

Ma toute première expérience dans le monde du travail, c’était dans le cadre de l’interim, une petite boite dans un hangar qui produisait des fonds de pâtes à tartes flambées. Première surprise, les collègues qui attaquent le whisky à 6h du matin. Le rythme y était particulièrement dur, le boss évaluait constamment le temps qu’on mettait à produire ces fonds pâtes. On se cramait beaucoup la peau, vu qu’on bossait sur des presses à très haute température, et qu’il fallait évidemment aller vite. Je me suis fait virer au bout d’une semaine, n’étant pas assez rapide. Fait plutôt amusant, le chef d’équipe avait placardé au mur un petit texte : « Lorsque l’homme aura coupé le dernier arbre, pollué la dernière goutte d’eau, tué le dernier animal, alors il se rendra compte que l’argent n’est pas comestible. » Il avait évidemment signé l’adage de son prénom.

– Vint ensuite un fast-food où je suis resté deux mois. On m’a pas mal dénigré, pas mal gueulé dessus. Mais je garde particulièrement en tête qu’à mes débuts j’avais saisi l’une des viandes des burgers sans les gants protecteurs qu’on nous incombait d’utiliser. Erreur de ma part, sauf que le manager m’a immédiatement menacé de me mettre la main dans le grill la prochaine fois que je commettais une « bêtise » du genre.

– En parlant de problèmes de mains, une amie à moi a travaillé pendant un moment dans une charcuterie industrielle. Elle travaillait en binôme sur des machines qui, si je me souviens bien, farcissait les saucisses. Son collègue tente de décoincer un morceau de viande coincé dans la machine, sa main se bloque dedans, et commence à être broyée. Elle appuie sur le bouton d’arrêt d’urgence de la machine. D’autres employés interviennent et appellent les secours. Une fois son collègue pris en charge, le directeur, grand seigneur, lui offre un café, et lui accorde 10 minutes de repos dans son bureau. A son retour il lui dit que « C’est pas tout hein, mais va falloir se remettre au boulot ! ». Elle était encore toute tachée du sang de son collègue.

– Un autre ami bosse pour une boite qui met en place des équipements scéniques (Ou des scènes tout court. Son patron est un gros ponte, qui a pas mal de relations et qui aime bien s’asseoir sur les droits du travail. Il a la réputation de s’en être toujours très bien tiré lorsque ses employés l’on traîné aux prud’hommes. Grosso modo : mon ami peut se faire appeler à 21h un vendredi soir pour lui dire que finalement, il travaillera le samedi/dimanche. Il bosse 70h par semaine en moyenne, et bouge tout le temps de ville en ville. Mon ami m’assure que la grosse majorité de ses collègues tourne à la cocaïne, sans quoi, beaucoup ne tiendraient pas.

– Je suis présentement dans une situation où j’ai un master, mais où il est difficile de faire des projets. J’ai un directeur ainsi qu’un sujet de thèse. Manque de pot, c’est des sciences humaines, et les financements sont plus que compliqués à décrocher. Et pour avoir une chance de trouver un emploi avec ma formation, je n’ai pas d’autre choix que de me « déraciner » complètement (Être prêt à bouger n’importe où en France). Choix que je me refuse à faire. Le résultat c’est que je prépare des concours de la fonction publique, avec un job alimentaire à côté, parce que j’ai 23 ans, que je n’ai ni droit au RSA, ni droit – pour l’instant- au chômage (Mes stages rémunérés dans des labos de ces deux dernières années ne m’ont pas permis de cotiser).

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