Les mêmes gestes, répétés, minute après minute, heure après heure…

J’aimerais apporter mon témoignage.

Je suis issue d’une famille qui n’a jamais connu le besoin et qui m’a porter dans mon désir de m’accomplir, dans les études que j’ai faites. L’usine j’aurais pu ne jamais la connaitre. Je ne suis pas aller à l’usine par besoin j’y suis aller pour financer un rêve, celui de voyager. Plutôt que de chercher immédiatement dans mon domaine (je suis psychologue clinicienne), je me suis dit que faire de petits boulots serait plus simple et que je pourrais ainsi épargner pour réaliser ma soif de découvrir le monde. J’ai été quelques temps employée familiale, puis j’ai décidé d’accéder à un plein temps. La façon dont le discours de la société peut ressortir est parfois violente. Ce discours qui me rappela à l’ordre et me fit descendre de mon petit nuage. A l’époque je m’investissais dans le yoga, la danse, j’apprenais la couture, je préparerais mon voyage tout en cherchant à m’investir bénévolement dans une association, je montais des projets, j’avais du temps à consacrer aux autres.

Puis je suis aller à la rencontre des boites intérim. Je mis peu de temps à trouver des missions. J’étais bien vu des boîtes d’intérim et des employeurs.
J’en est vu de toutes les couleurs dans ces boîtes. Cette expérience m’a fait comprendre l’importance du management et de la politique d’entreprise, à quelle point celle-ci se répercutait sur le quotidien des salariés. J’ai été outrée de certaines mécanismes que je pouvais repérer. J’étais discrète mais j’observais beaucoup et j’analysais. Ce qui m’a interpellé c’est la structure très hiérarchisée verticalement. En bas, tout en bas de l’échelle se trouve les intérimaires. Dans certaines boîtes, les intérimaires étaient considérés comme des sous-employés. Un jour, une collègue me dit : « Dans telle entreprise c’est marche ou crève!« . Des mots forts qui venaient pourtant signer le quotidien qu’elle y avait vécu. Je pourrais en dire tellement. Mais je préfère vous parler d’une entreprise en particulier.

Dans cette entreprise, la première fois que j’y suis aller, j’étais très motivée et je voulais montrer que j’étais une bonne travailleuse. Pendant deux jours j’ai effectué la même tâche (l’emballage). Les mêmes gestes, répétés, minute après minute, heure après heure…
J’étais motivée, je pris cela comme une compétition sportive. Je m’ennuyais, il fallait bien que j’y trouve un intérêt. C’était une très mauvaise idée. Le soir même j’étais prises de violentes douleurs. Le lendemain au bout de quelques heures mes bras ne répondaient plus trop. Je tiens difficilement. Après la pause du midi on me mis à un autre poste. Cela me fit énormément de bien de pratiquer d’autres mouvements, puis je repris le même poste. Heureusement que j’avais un autre contrat après ces deux jours, cela permis de me reposer et prendre conscience des effets sur mon corps. J’avais eu une inflammation musculaire à l’avant bras et je m’étais déplacé les tendons des coudes.

Quand j’y suis retournée, on décida de me former aux autres postes (surement dans la perspective de me garder, j’étais perçues comme un bon élément). Je me rendis compte que le poste où j’avais été pendant deux jours était le pire. Les nouvelles intérimaires y avaient le droit, ou plutôt n’avaient pas le choix. On testait ainsi leur capacités. Aussi, faut-il que je précise que votre quotta (cad le nombre de paquets et d’articles emballés) était enregistrés et les supérieurs le surveillaient (si vous étiez trop lente on vous demandait d’accélérer. De plus les résultats étaient affichés aux yeux de tous, pendant chaque pause. Cela avait pour effet de pousser à la compétition enfin pour celles qui y accordaient de l’importance). Si les nouvelles intérimaires faisaient l’affaire on les gardait, sinon on ne les rappelait plus. C’était aussi simple que cela. En effet, la boîte d’intérim nous contactait pour des missions de deux jours alors que la boîte en question avait souvent des besoins à la semaine. Pas de question. C’était assez malin.

Au delà de tout cela, ce qui m’a le plus marqué c’est quand on m’a demandé d’aller dans un autre atelier. Je ne comprenais pas pourquoi les collègues qui étaient là depuis longtemps ne voulaient absolument pas y aller. La tâche dans cet atelier était simple : nous devions plier des habits et les mettre sous emballage. L’absence de machine était agréable à l’oreille et nous pouvions donc nous entendre. Ce qui n’était pas le cas dans l’autre atelier. A ce propos, je me rappelle qu’une collègue un jour avait pris poste à côté de moi et se mit à me parler. Je lui répondais et était contente de cette conversation. Cependant pour avoir cet échange, je devais tendre l’oreille. Et il est vrai ma productivité avait baissée. Il ne fallu pas longtemps avant qu’on demande à cette collègue de changer de poste. Les chefs de lignes étaient là pour assurer la productivité. Leur petite prime en dépendait. Eux aussi, était soumis à une hiérarchie interagissante.
Revenons à notre atelier sans machine. Quelle bonheur de ne plus avoir le bruit de ses horribles machine qui provoquait parfois des migraines. Nous pris rapidement le rythme, allions vite et bien. La tâche était simple. Une fois toute à l’aise, nous parlions, pour passer le temps. Il est toujours agréable de savoir avec qui on travaille. Il est encore plus agréable de pouvoir sourire et rigoler en travaillant. Je précise bien que notre productivité n’était nullement entraver par ses échanges. Pourtant nous nous sommes faites réprimander à plusieurs reprises de manière très désagréable. Toutes nous baissions la tête, restions silencieuses, et retournions travailler dans un silence glacial. J’avais l’impression d’être un enfant qui avait fait une bêtise. Cependant nous n’avions rien fait de mal ou qui ralentissait notre travail. Ces interventions de cette personne étaient clairement abusives. Pourtant cela est fréquent dans le monde du travail, certaines personnes jouissent de leur position d’autorité. D’un point de vue psychologique c’est assez intéressant.

Cette même boite aurait pu investir je pense dans des structures ergonomiques. Cependant elle aussi est victime du système, puisqu’elle dépend de contrats. Ces contrats sont renouvelés à l’année. S’il perde le gros client, c’est quasiment la clé à mettre sous le porte. Difficile de voir sur du long terme…
Je connais une personne qui a travailler de longues années dans cette boîte. Les mauvaises conditions de travail, l’absence de poste ergonomique etc. ont provoqué une usure telle chez cette personne, qu’elle est reconnue comme maladie professionnelle. Cette personne peut être considérée a présent comme porteuse d’un handicap. Ce handicap a été entrainé par la boîte où elle travaillait. Cela est-il normal ? Ce qui va suivre est encore plus indécent. Cette personne a donc été en arrêt maladie et a demander une rupture de contrat à l’amiable. La boîte a refusé. Et lui a dit qu’elle ne pourrait rien faire pour cette personne. La boîte lui a suggérer d’attendre la fin de son arrêt maladie et de ne pas revenir. Ils lui enverraient ensuite un courrier, auquel elle ne devrait pas répondre, puis un puis deux… Elle serait ensuite licenciée pour faute grave.
Voilà ce que sa boîte lui a proposer un licenciement pour faute grave….

Dans quelle monde vit-on ? Ce que cette petite vignette nous apprend c’est que déjà le système du travail est contourné par les boîtes afin d’éviter une perte financière. Qu’est-ce qu’il en sera demain avec ce projet de loi? J’ai proposé de le renommé en enlevant la partie « et les actifs », ce qui nous donne : avant projet de loi visant à instituer de nouvelles libertés et de nouvelles protections pour les ENTREPRISES SEULEMENT. J’ai entamé la lecture de ce texte. Ce qui m’amuse ses temps ci c’est que les seules personnes qui peuvent actuellement entamer sa lecture sont ceux qui soit sont payés pour le faire, soit sont des citoyens très assidus, soit sont des chômeurs. Actuellement en recherche d’emploi, je ne me suis jamais autant intéressé aussi en profondeur à l’actualité de la politique. Je participe à des débats, j’échange et j’en parle autours de moi, ce qui a certains effets. Les chômeurs ont une telle image négative. Je sais de quoi je parle. Mais j’ai arrêté de culpabiliser et de me considérer comme une merde, c’est ce que la société nous renvoie. Je commence à me dire qu’être citoyen c’est un travail à plein temps. ^^

Les temps changent, certaines choses évoluent. J’aime beaucoup la métaphore du vase à cassé. Merci d’avoir participer à ouvrir la parole. Merci d’être cette nouvelle vague qui s’exprime. Merci de nous rappeler qu’on peut tendre vers une démocratie et qu’on est pas juste des esclaves. A ce propos, en tant que chercheuse je n’ai pas peur, après ce que j’ai vu, de parler d’esclavagisme moderne. Peut-être écrirai-je un article à ce sujet.

4 thoughts on “Les mêmes gestes, répétés, minute après minute, heure après heure…

  1. C’est bien que la parole se libère sur ce monde du travail qui semble parfois un enfer. Ce n’est pas le but de travailler pour vivre, à n’importe quel prix. Le respect a été oublié sur l »autel des profits. Je vous remercie d’avoir témoigné de votre expérience qui permettra peut-être une prise de conscience dans cette société.

  2. Hello!exactement la meme chose pour moi,qui nettoie la merde de gens qui me meprisent profondement!je suis fonctionnaire,categorie c,responsable de l entretien d une mediatheque,un ocean de moquette a aspirer autant que possible, de toilettes de tables d ordis de banques d accueil et de vitres!et un jourje n ai pl;us ete capable d aller au boulot,mon bras et mon moral etaient noirs,j ai vecu en mode legume,comme si je vivais ma vie de l exterieur…maladir pro,declarée de suite,trois tendinites superposées,plus de cartilage au coude..me suis dit u ilq allaient me changer de poste,comme le preconisent tous les medecins que j ai vu.Absolument pas!l avis de la secun est que consultatif,ce nest pas une injonction,pour les fonctionnaires!un simple balai a essoreur integré,20e,aurait deja bien soulagé ma peine,tordre des choses est ma hantise,on dirait ue j ai de l acide qui m inonde le poignet au bout de dix mouvements..refus categoriue de ma direction « qui n a pas d argent a perdre »!!..Le lendemain ils se faisaient livrer une fontaine a eau fraiche rutilante!pas pour le public,pour eux!ça fait maintenant trois ans ue je souffre et passe dunne ilmmobilité forcée pour reparer,a une activité forcnéeje n en fais jamais assez,et rien nest jamais asse bien fait!la directrice a eu le culot de noter sur mon evaluation que mon handicap nuisait au service!!je pnse qu ils esperent ue je craue on sera alors remplacés par des entreprises,qui elles ne souffrent pas ,,ne s arretent pas..et pratiquent un genre d esclavagisme moderne qqu il est de bon ton de ne pas remarquer!Je vous avoue ue la,j en ai assez!je n ai meme plus la force de me battre…j attend la fin,j ai fait le plus gros..mais que cest long!

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