A 25 ans me voilà avec mes premiers anxiolytiques.

J’essaie d’apporter moi aussi ma petite pierre à l’édifice.

Je n’ai eu qu’un « petit » problème dans mes boulots saisonniers dans le secteur privé.
Je travaillais sur cette mission grâce à mes parents, du « piston » pour enfants de salariés…
C’était du tri courrier, on ouvre, on accepte ou non les courriers et on jette le reste. On était une petite équipe avec beaucoup d’intérimaires comme moi.
Sauf que moi, ma mère s’était foutu à dos la responsable de mon service.
Les autres intérimaires avaient pour consigne de ne pas m’aider si je n’avais pas fini la pile de courrier que la responsable avait collé sur mon bureau (forcément, tu es moins rapide quand ça fait 2 jours que tu tries au lieu de 6 mois).
Du coup les intérimaires finissaient leur journée à 15h et moi… pas avant 16h30, seule dans le bureau.
J’ai été sanctionnée pour mon manque d’efficacité un jour alors que je suis venue malgré ma maladie (mieux vaut peu que rien – mais j’aurai mieux fait de rester couchée que de trier fiévreuse).
Et le jour de la fin de mon contrat pourri, la responsable m’a tout simplement ignorée quand je suis venue rendre mon matériel et mon badge d’accès. Oui oui, comme au collège quand tu ne veux pas parler à quelqu’un…

Je me suis dit que plus jamais je ne me laisserais faire comme ça. J’étais jeune, mais maintenant on ne m’y prendrait plus.

A la fin de mes études, j’ai postulé une première fois dans un hôpital.
Premier grincement de dents à l’entretien car je n’avais pas mis de photo sur mon CV… Et puis vient la fin d’un entretien très très court avec la question piège que toute femme va avoir dans sa carrière : « alors vous n’êtes pas obligée de répondre mais êtes vous mariée et avez vous des enfants? Vous comptez en avoir peut être prochainement?« . Que répondre à ça à par mentir, mentir et mentir?

Et puis, comble de joie, j’ai trouvé un autre poste, sur un autre hôpital.
Et là, il faut s’armer de paillettes et de licornes pour rester calme.
J’ai commencé avec un CDD de remplacement de congés maternité. Le poste présenté était pas super bien payé (75%, ça fait 1000€/mois net) mais j’espérais un départ pour me faire ma place, ou un autre congé mat’ pour la suite. Même pas peur. Je me montre « motivée » c’est à dire sur les crocs, prête à accepter car c’est un premier emploi dans ma branche! Notez qu’il faut toujours être « motivés » si on a faim…
Dès la première rencontre avec la cadre sup, pour la signature, on me signale que le contrat de 10 mois sera en faite découpé en plusieurs CDD de 1, 3 puis 6 mois pour « plus de souplesse de leur côté comme du mien ».
J’aurai du dire « non » à ce moment là, car déjà je me disais « bordel mais c’est quoi cette administration pourrie dans le public? ». Mais je ne n’osais pas reculer, j’étais devant la cadre et la cadre sup’, j’avais dit « oui » en principe, et j’avais un boulot qui s’offrait à moi…

Le travail en lui même est intéressant, tellement qu’en voulant faire les choses bien, je commence à cumuler les heures. Ma cadre me met les hola et me fait entendre que noter trop d’heures c’est pas bien non plus. Mais partir sans finir c’est mal aussi. Et elle finit par me sous-entendre que si je finis plus tard il faut que j’évite de tout déclarer pour éviter les soucis d’emploi du temps. Car ici les heures sont rattrapées, pas payées (merci le public).
On va zapper la partie « biologiste lunatique qui prend le premier tech devant elle pour vider son sac et se défouler » sinon ça va faire un mail bien trop long!
Premier arrêt d’une semaine pour surmenage 4 mois après ma prise de poste. A 25 ans me voilà avec mes premiers anxiolytiques.

Je cumule toujours les heures et comme mon 75% est calculé à l’année, je peux quand même facilement faire des semaines de 48h quand il y a besoin.
Mais mes efforts sont récompensés, j’obtiens une place permanente. Enfin, en contractuelle. Donc je signe toujours des minis CDD jusqu’au bon vouloir de la direction de me passer en stagiaire (ça peut prendre plusieurs années, et être bloqué à bien des niveaux hiérarchiques!).
En novembre 2015 on finit par me proposer un nouveau poste suite au licenciement abusif d’un de mes collègues (contractuel depuis 2 ans et demi). La cadre, pendant l’entretien, me tient alors très clairement ce discours « Bon, tu vas te marier en juin prochain, je suppose que tu vas faire des petits dans la foulée… Sache que si tu prends ce poste, un congé maternité n’est pas le bienvenu cette année »
Mal à l’aise, et souhaitant des enfants, je refuse le poste sans expliquer en détails pourquoi. Rapidement (décembre) on m’informe que mon poste sera ressoumis à candidature en m’imposant des nuits (que je ne fais pas encore manque de formations) à 75% et que si ma candidature n’est pas retenue ou si je ne postule pas on mettra fin à mon contrat.
Le stress accumulé dans cette période prend le dessus sur le psychique et sur le physique : eczéma violent, infections urinaires graves, et burn out professionnel. Malgré ma semaine de vacances rien ne va : mi janvier 2016, 3 semaines et demi d’arrêt, anxiolytiques le retour.

A la veille de ma reprise, ma cadre m’appelle pour prendre des nouvelles et savoir si je reviens travailler : « ça va mieux? Tu as pu reprendre tes esprits?« . Une seule petite phrase qui démolit 3 semaines et demi de travail sur moi.
Je tiens 4 jours au travail avant de refaire une énorme fièvre de 6 jours avec plaques rouges, sans qu’on puisse en trouver la cause. Une semaine d’arrêt.

Je finis par demander à ma cadre ma date de sortie car je ne postulerai pas sur le poste. Le « 30 avril 2016 » devient, 15 jours plus tard « 31 mars 2016 » suite à la décision du cadre sup. J‘ai 85h à récupérer avant la fin de contrat car on ne me paiera pas ces heures si possible (business is business).

Je n’ai jamais été aussi bien au travail que depuis que j’ai ma date de sortie. Je prends enfin le risque de ne rien trouver derrière pour sortir la tête de l’eau.

A 26 ans, et en 1 an et demi, j’ai cumulé 9 CDD, 2 arrêts pour burn-out, 2 mois d’anxiolytiques, 2 mois d’anti dépresseurs.

Mon corps a subit tout mon stress et a exprimé ce que je voulais cacher : mycoses et infections urinaires à répétitions, virus, eczéma, perte de cheveux, prise de poids, fatigue, 1 ans d’aménorrhée.

Et maintenant ma hantise c’est de me faire refuser à l’embauche/ suite à la période d’essai car je vais me marier en juin et car je veux des enfants.
A croire que ce qui effraie le plus les recruteurs ne sont pas mes compétences mais mon utérus…

Voilà, merci de me laisser déposer ici mon message, j’ai hâte de finir le mois pour laisser cette expérience derrière moi. Car je reste convaincue que je vaux mieux que ça.

7 thoughts on “A 25 ans me voilà avec mes premiers anxiolytiques.

  1. C’est pour ça que je ne veux pas jouer les chefs… je ne me vois pas dire à une nana : « ta grossesse n’est pas la bienvenue »…

  2. Bonjour. Je me permets de vous transmettre toute ma compassion pour cette aventure qui me touche tout particulièrement car j’y ai été confronté aussi, mais dans le milieu du bâtiment. Titulaire d’un Bac+2 en informatique et me réorientant, la pression a été dure, les collègues ignobles avec moi, et toutes les contraintes m’ont poussé à prendre des antidépresseurs à 22 ans. Puis, après un temps de « mieux », des anti-psychotiques à 25 pour dépression profonde.
    A peine sorti de cette sale période, après un an de chômage et de dépression, plus de médocs et une angoisse sourde de ne pas retrouver de travail (un an de recherches infructueuses), j’accepte tout ce qui passe, même quand c’est contre mes convictions politiques/écologiques, … et là je resombre, petit à petit, alors que je devrais être « heureux d’avoir du travail », même dans une boite qui me paye presque avec un mois de retard et me demande de bosser sans matériel, sous pression et que mes patrons sont pour la loi travail.

    J’espère sincèrement que la situation s’améliorera pour tous avec notre mobilisation
    Merci pour votre témoignage, N., et vous avez tout mon soutien moral, surtout pour le fait d’être discriminé sur la base de votre sexe. Vous valez, comme toutes et tous, mieux que ça. On vaut tous bien mieux que ça.

  3. Je suis extrêmement touchée par ce billet… Cela me met dans une certaine colère ….j’ai vécu à peu de chose près la même chose sans rentrer dans le détail….j’ai appris à faire des choix à me reconcentrer sur ce qui le valait, à me mettre au yoga. Finalement à avoir un parcours complètement différent de celui que je souhaitais au départ…
    Tu vaux beaucoup mieux que cela, tu n’es pas corrompu tu n’es pas rentre dans le système tu n’es pas un mouton. Tu as beaucoup de valeur sache la transmettre et surtout surtout crois en toi, ne perds jamais ta confiance.

    Je te souhaite pleins de bonnes choses et crois moi rien que d être maman c est au dessus de tout ce que tu peux avoir.

    Je suis persuadée que le meilleur pour toi est à venir.
    Geraldine

  4. Il n’y a pas que la grossesse qui fait peur, il y a l’âge et le risque de maladie ou d’absentéisme, même sans gravité; Donc à partir de 45/50 ans on retombe dans ce cercle vicieux, il n’y a pas que les jeunes dans la détresse! Même avec des formations ultra récentes, des diplômes obtenus après 40 ans (plusieurs!), un intérêt marqué pour le sport, rien n’y fait! La réponse est toujours la même ( une réponse par an!): »votre âge… Et saurez-vous vous soumettre à un chef plus jeune que vous? » etc. Ne pas mettre son âge, ou sa photo, pour avoir une chance d’obtenir un entretien (ou même juste une réponse quelle qu’elle soit) c’est la pire des choses: « madame si vous aviez mis votre âge sur votre CV, nous aurions moins perdu de temps! Sur la photo vous avez pourtant l’air plus jeune! » Et j’en passe! ( CV envoyé à un centre de réadaptation pour handicapés en reconversion. Je pensais que là ils étaient plus humains…)

  5. Cela fait 10 mn que je suis sur ce site , et je suis atterré de ce que je lis ! Mais dans quel monde vivons nous ? Allons nous continuer de nous laisser faire ? Non, non et non cette loi ne doit absolument pas voir le jour, qu’allons nous laisser à nos enfants ? Enfants que peut-être nous n’aurons pas vu le nombres d’heures que nous aurons à faire par semaine ! Ils nous pressent comme des citrons de 20 à 40 ans, puis ça y est si vous voulez changer vous êtes trop vieux comme dirait Balls. Aller courage à vous tous !

  6. Je suis touchée par ce témoignage mais comment peut-on encore vouloir des enfants dans un monde pareil ?.. Vous allez juste servir à ce monde de la « chair à travail » qui n’a jamais demandé à naître, et je suis de ces enfants-là…

  7. J’ai été très touché par ton témoignage, qui fait bizarrement écho chez moi !
    Le mieux, je pense, a été d’avoir oser demander ta date de sortie !
    Beaucoup de bonheur pour ton mariage et futurs enfants, j’espère qu’à coté de ça, tu pourras trouver une activité où tu t’apanouies 🙂

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