Je me sais complètement incapable d’entrer dans le monde du travail

Je suis étudiant en informatique, trans (femme vers homme) et non binaire (au delà de la binarité homme/femme du genre). J’ai une famille toxique à laquelle je ne peux demander de l’aide sans subir en contre-partie de la transphobie ou de fortes pressions pour que je travaille, même si le travail ne me plaît pas, juste pour que je me fasse des sous.

Complètement dépendant du CROUS et de la CAF, enchaînant dépressions sur dépressions, je me sais complètement incapable d’entrer dans le monde du travail (surtout pour faire un truc qui me déplaît). Je ne pourrais jamais supporter du sexisme et du mégenrage (le fait de me genrer au féminin au lieu du masculin). J’ai un caractère trop fort, je finirais très vite par tout renvoyer chier, et me ferais virer. Je pars complètement défaitiste alors que je ne suis même pas dans le milieu du travail. Je n’ai qu’à écouter les autres en parler pour avoir envie d’aller m’exiler dans un trou paumé et vivre en ermite.

Enfin, je dis que je n’ai jamais travaillé, mais ce n’est pas vrai… J’ai déjà travaillé pendant deux mois en temps que « femme de ménage » (c’était bien avant mon CO) dans un centre de loisir (pour enfants en primaire). Je devais remplacer la personne qui y travaillait, pour qu’elle puisse avoir des vacances. Cette personne est partie du principe que je savais déjà faire le ménage et avait déjà travaillé, elle m’a montré vite fait où étaient rangés les produits et ce qu’elle avait déjà nettoyé avant de me laisser la suite.

Sauf que… non. C’était mon premier travail, et je suis un bordélique notoire (ne sachant, à l’époque, même pas faire fonctionner la machine à laver… je n’étais familier qu’avec l’aspirateur et le lave-vaisselle). Je me suis donc retrouvé complètement largué, et honteux de l’être. C’était ma mère qui, à la maison, essayait de m’expliquer quoi faire et comment faire. Finalement, à son retour, la personne que j’avais remplacé m’avait engueulé car je n’avais pas nettoyé certains trucs (par ignorance) et quand elle a réalisé que je n’avais aucune expérience en matière de nettoyage elle a semblé hyper choquée et déstabilisée (j’étais en terminale S, et elle croyait que je travaillais déjà depuis quelques années… sans parler du sous-entendu « les femmes ça sait faire le ménage, c’est dans les gènes »).

Au final, le soir où je suis parti, la patronne m’a dit au revoir sans me remercier ni rien, ni m’accorder le moindre regard. Elle semblait fortement insatisfaite de mon travail, ce qui ne m’a pas aidé à me sentir bien. Je me sentais honteux, sale, dégradé. Comme si je ne valais rien, que de la merde.

On m’y reprendra plus à faire un travail que je n’aime pas ! Je vaux mieux que ça. On vaut tous mieux que ça.

4 thoughts on “Je me sais complètement incapable d’entrer dans le monde du travail

  1. En informatique, m’enfin ! Tout le monde en info connait l’importance de la vie par les tutos Youtube, et le ménage ne fait pas exception ^^
    Je suis aussi étudiant en informatique (en M1 actuellement), complètement dépendant du CROUS aussi, et je te souhaite bonne chance pour la suite !

    « Je n’ai jamais travaillé non plus », tout ce que j’ai fait, c’était des stages rémunérés ou du bénévolat. J’ai l’impression que ma productivité ne vaut pas grand chose, et ça me fait limite culpabiliser. Alors je rends service, comme ça j’ai l’impression de laisser un avis favorable sur mon passage. Bénévolat à l’office du tourisme, développements d’applications ou de logiciels pour des petites structures, ou bien faire le site d’une association, aider les allumés du co-working, ou bien aider à développer le jeu vidéo pour le CV d’un ami. Plein de petites choses non rémunérées, mais qui me donnent l’impression que je peux laisser une trace positive sur mon passage, pendant que je m’engrosse avec les aides de l’état (Ma mère gagne moins que le RSA, alors niveau CROUS, je suis riche comme Crésus. Et quand je vois mes potes, je me dis qu’ils les méritent plus que moi, mais bon… Je continue d’étudier, je me dis que c’est avant tout le but de ces aides…). Et l’avantage avec l’informatique, c’est qu’il y a des solutions partout, et l’autoformation est à portée de clic.

    Par contre, quand les études seront finies, et que je devrais passer d’utile à productif, là je vais paniquer…

  2. Je comprends le mal que ça peut faire lorsque l’on est trans non-binaire d’être jeté dans le monde du travail. Je le suis également et j’ai abandonné toute idée d’expliquer à mes employeur.se.s, collègues ou client.e.s ce que je suis et les pronoms qui me conviennent par exemple. La seule façon que j’ai trouvé de reussir à vivre c’est de juste me blinder et de garder un simple passing masculin et accepter le mégenrage. C’est lache et douloureux mais quoique j’essaye je me heurte à un mur : soit j’assume le fait d’etre nb et je subis les regards d’intérrogation ou de dégout. Et ça c’est quand tu es embauché car inutile de dire que quand tu bosses face a du public, le moindre détail sortant de la « normal » est jugé et critiqué. Sinon je me blinde, j’assume qu’on me mégenre et je me tait.

    Actuellement, notre monde ignore et néglige les personnes trans*. Elle ne connait même pas les personnes non binaires. Aucune raison que le monde du travail ne soit pas identique et tout aussi hostile.

    1. Tout mon soutien dude (moi j’ai rien trouvé de mieux que l’anglais « dude » qui peut s’appliquer à un mec, une meuf, ou un nb, pour m’adresser à quelqu’un que je ne connais pas).
      Je suis genderfluid, assigné.e femme, j’ai fait mon CO tout récemment auprès de mes amis. Beaucoup font l’effort de m’appeler par mon nouveau nom neutre et d’utiliser les bon pronoms, mais certains rechignent à oublier mon dead name (que j’utilise encore officiellement et qui est typiquement féminin, que je trouve très beau mais qui ne m’a jamais réellement convenu). Le pire c’est que ceux qui rechignent acceptent le concept de non-binaire et n’ont strictement rien contre les trans, sont des gens très ouverts, mais se cachent derrière le « on t’a toujours connu en temps que [dead name], on peut pas changer ça »; ou le « oui mais la langue française est genrée, point, moi ça me gêne de mettre un double accord et de t’appeler « ille » ou « ielle » alors que ça n’existe pas ».
      Parce que les langues n’évoluent pas tu crois, personne qui est mon ami mais préfère préserver une langue qui m’exclut plutôt que de m’aider à être bien dans ma peau ? « Oui mais je suis vieux jeu et j’ai étudié le français en fac, comprends-moi quoi ». Et toi, comprends que je me sens nié.e, abaissé.e, ignoré.e, inaccepté.e.
      « Mais c’est marrant parce que tu dis tout ça et à côté tu continues à te maquiller et parfois tu mets des vêtements féminins, c’est déroutant quoi ». Oui. Et c’est quoi le rapport ?

      Mon commentaire n’a que peu de rapport avec le monde du travail, mais je ne voulais pas rester sans rien dire face à des personnes qui se battent pour être reconnu.e.s selon leurs désirs, et non leur assignation à la naissance.
      Ne perdons pas espoir: les luttes trans pour la reconnaissance s’organisent peu à peu, les idées commencent à faire leurs chemins dans ce pays conservateur. Peut-être aurons-nous du mal à être accepté.e.s, mais nous pouvons empêcher la prochaine génération de se sentir aussi mal que nous.

  3. Bon, je suis pas sûr de saisir les sens de genre que tu expliques dans ton témoignage, c’est pour moi très complexe. ( Perso je me considère comme je suis, j’revendique ni virilité ni féminité et je me pose pas la question ) en revanche je peux totalement comprendre la situation dans laquelle ça te pose, ayant vécu entre autres, railleries parce que physiquement appartenant forcément à un genre et ayant certains traits que l’on associe à l’autre, ça génère quelques tensions. Mais ce que tu sembles oublier, c’est qu’en sachant qui tu es toi-même, tu dois pouvoir trouver une communauté ou tu peux exprimer qui tu es vraiment. Plus je lis les témoignages ici, plus je me dis que peut-êtres certains devraient tenter de fonder une communauté d’entre-aide et de vie… Baisse pas les bras, résiste, tous sont avec toi ici.

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