Tomber et se relever. Tomber et se relever. Encore et encore.

Un an et demi que je suis en recherche d’emploi. C’est le temps de faire une maîtrise ou deux bébés (oui, bon, j’exagère un peu) ou un grand tour du monde. De progresser professionnellement. De commencer une relation, de finir une relation. Un enfant a le temps de naître, d’apprendre à marcher et à parler. D’apprendre une langue étrangère ou un sport.

Un an et demi c’est à la fois très long et finalement assez court dans une vie. C’est le temps de cheminer, de changer d’avis, de décider de se marier. De vouloir aller de l’avant coûte que coûte. Un temps au ralenti, hors de la vie « normale ». Un temps de questionnements, de remise en question, de recherche de projets. Où ce que je voudrais faire se heurte à ce que je parviens à faire vraiment. De l’attente, de l’espoir, de la joie, des élans de bonheur et du doute, de l’angoisse, des larmes. Se sentir hors du temps et un peu en hors de la société.

Plus de 200 candidatures. 160 spontanées. 11 entretiens dans 4 institutions différentes. Essayer une carrière qui a l’air pas mal et se rendre compte que non. Aller à l’étranger dans le cadre de cet emploi. Visiter un pays sans prendre le temps. Être quasiment 24h/24 avec des clients. Les supporter avec leurs commentaires racistes, sexistes, classistes. Ils râlent alors qu’ils sont ultra-privilégiés. Noter leurs perles pour tenir le coup.

Et puis toucher du doigt l’emploi de rêve, dans la recherche, bien payé avec possibilité d’évoluer et d’avoir une carrière internationale. Et puis finalement non. Bam.

Accepter un boulot pas extraordinaire, pas très légal (statut d’autoentrepreneuse forcé), pas très bien payé. Et une fois sur place s’apercevoir que les tâches à effectuer ne sont pas celles prévues initialement. Être en totale incapacité de remplir ces tâches. Fin du contrat au bout de quelques jours. Un déménagement de 600 km pour rien.

Tomber et se relever. Tomber et se relever. Encore et encore.

Voir des offres d’emploi intéressantes et y correspondre parfaitement. Reprendre alors foi et réessayer. Changer de tactique. Fini les candidatures spontanées qui par définition ne se terminent jamais. Retour aux petites annonces. Mais toujours rien. Incompréhension. Colère. Rage. Apitoiement. Et après toutes ces années passées à essayer de prendre confiance en soi, se sentir un peu nulle. Avoir pourtant un beau parcours jusqu’à présent sans faute dont on est fière. Mais quoi? Tout ça pour ça?

Et pourtant ce tout nouveau CV par compétences a de la gueule il me semble. Il est design avec de la couleur et tout et tout. Il tient même sur une page!

Car oui, j’en ai lu des blogues sur le sujet. Suivi les conseils à la lettre. J’ai même fait un bilan de compétences et reçu un suivi personnalisé. Pas de miracle pourtant. Toutes ces années d’études pour arriver à ce point? Ce stress, ces veilles? Et tous ces petits boulots pour payer ces fameuses études? J’ai l’impression de m’être faîte avoir là. Bon c’est peut-être un peu ma faute aussi à penser qu’en accumulant les bons points pendant la scolarité j’aurais une grande image en sortant. C’est malin.

Quand même, jusqu’il y a un an et demi, j’ai tout cumulé assez facilement. Les emplois intéressants se sont enchaînés les uns après les autres, presque naturellement. Mais ça c’était jusqu’il y a un an et demi. Puis la machine s’est grippée.

On n’est pas dans un film en tout cas. Normalement même si l’héroïne galère, à la fin elle trouve un boulot. Là ça ferait un film décevant.

Enfin voilà, j’en suis au point où ma recherche d’emploi me sort par les yeux, le nez. Bref. Je ne la supporte plus. Je ne peux pas croire que je doive encore m’y remettre. Mais oui, pour que ce soit fini il faut le trouver ce boulot! J’ai l’impression d’être dans le tombeau des Danaïdes finalement. En franchissant chaque jour un obstacle, répondre à une offre. Sauf que là c’est franchement répétitif.

Le pire ce sont les offres qui tutoie et le style, jeune, cool. Enfin il se veut comme ça. Et bah là c’est certain que c’est un boulot pourri. Où il faut s’investir à fond dans cette boîte super où tout le monde est présenté comme cool. Le ton se veut « nous ne sommes pas une entreprise comme les autres ». Ça personne n’en doute. Certaines de ces boîtes proposent un salaire minimum pour un poste extrêmement qualifié. Pire, d’autres vous répondent « merci pour votre intérêt blablabla mais sinon vous ne feriez pas du bénévolat pour nous plutôt »? Évidemment ces monstres ne parlent pas de bénévolat mais de coopération, de participation et autres euphémismes immondes pour du travail non payé.

Alors franchement Messieurs-dames les pros de l’exploitation déguisée sous le tutoiement et la coolitude : vous êtes les pires. Je vous vomis dessus. Soyez francs un peu, arrêtez avec votre image débile. Vous nous faîtes perdre notre temps et ça c’est honteux. Nous nous astreignons suffisamment à répondre à toutes sortes d’offres pour ne pas avoir en plus à essayer de démêler qui veut nous faire bosser gratos. Comme si la maladie des stages n’était pas suffisante. Alors voilà chère société, j’ai fait tout ce que tu m’as demandé mais ce n’est pas assez. Et non car bien que mes compétences soient transversales (oui on apprend tout un jargon sur les blogues dédiés à l’emploi), il faut toujours une spécialisation de plus, 10 ans d’expérience de plus à un poste précis. Mais vous savez quoi Mesdames et Messieurs les employeurs? Avec tout ce que vous nous demandez, s’il faut tout faire on a le temps de mourir. De passer de la case diplôme à la case cercueil à toujours essayer d’avoir le petit truc en plus. Mais vous savez quoi? Nous avons ce que vous demandez et même plus. Oh peut-être pas aussi exactement. Mais nous adaptons, apprenons vite, n’avons pas peur. En fait nous sommes doué-es, qualifié-es, compétent-es, créatif-ives avec de l’énergie à revendre. Je vous assure que nous ferions très bien le travail demandé. Mais nous voilà laissé sur le carreau, comme si nous ne comptions pas. Nous finissons par perdre notre visage, pour devenir la masse informe des jeunes diplômés, très diplômés à qui la porte est fermée au nez. Comme une grosse claque. Bam.

Le truc c’est que tous ces gens qui eux aussi ont tout fait bien comme il faut, tout ce qui leur a été demandé, je les vois comme une sorte d’armée.

À chaque fois que je réponds à une offre, je sais qu’une armée de jeunes gens avec plus ou moins le même profil que le mien répond en même temps à cette annonce.

Voilà, nous formons donc une masse informe. Je n’arrive même pas à les voir comme des concurrents. Car ils sont eux aussi broyés par le même mécanisme. Même s’ils ont eu plus de facilité au départ, de coups de pouce familiaux, de loyers payés. Bien sûr que la différence de classe est là avec ses pistons, ses passe-droits. Mais pour la majorité il faut compter seulement sur soi. Personne pour vous rattraper. C’est à vous qu’il appartient de se débrouiller. D’a-van-cer.

7 thoughts on “Tomber et se relever. Tomber et se relever. Encore et encore.

  1. Que te dire sinon qu’effectivement plein de gens connaissent les même angoisses et dégoût de la recherche d’emploi quand la période de chômage s’allonge. Perso, j’ai développé une allergie à l’entretien d’embauche. C’est la chose la plus crasseuse et aléatoire qui existe. Se vendre, raconter son parcours jusqu’à la nausée, jusqu’à être tentée de l’inventer parce qu’on se saoule soi-même; les réponses idiotes aux questions affligeantes; les sourires contraints; les mains qui tremblent; et les personnalités perverses que l’on rencontre et à qui on n’a pas osé mettre une baffe ou au moins les envoyer chier. J’ai 45 ans et je pense être de la génération qui a connu l’amorce de ce système abscons, la plus part de mes potes ont un boulot stable mais quelques uns galèrent. J’ai de l’expérience, de bonnes références, un bac+5 et passé ma vie entre 2 CDD parfois des cdi mais avec des assos qui finissent par couler. j’ai multiplié et additionné les temps partiels et actuellement après un an de chômage je m’estime heureuse d’avoir trouvé boulots à temps partiels qui me font un temps plein. jobs pas trop cons avec des patrons pas trop cons. J’aurais tendance à dire ironiquement « tu vois on peut y arriver! » Le rêve du 21ème siècle.
    Je te souhaite de transformer tes rêves et je me permets de t’interdire de te rabaisser et de douter jamais de toi. C’est notre égoïsme, notre anesthésie généralisée dans des petites vies consommatrices qui est fautive. Les générations qui te précèdent vivent encore trop bien pour renverser la table. Votre mouvement est chouette et me rends un peu plus l’optimiste et j’espère que vous ne ferez pas nos erreurs. Onvautmieuxqueça

  2. Ton témoignage est poignant !
    Je ne suis pas jeune diplômée comme je crois comprendre que tu es, mais j’ai 14 ans d’expérience dans ma branche (dont 6 en intérim et CDD depuis un licenciement économique) et pourtant… je me retrouve tellement dans ton témoignage !

    Courage ! à toi, à moi et à tous les autres qui sont dans la même situation.
    Il faut se battre (encore et toujours…) !

  3. Je pourrais signer ce post de mon nom tellement ma situation actuelle est identique. Pas pour le chômage, j’ai le même poste que j’occupais avant de reprendre personnellement sans aide aucune mes études à L’EM Lyon. Mais voilà le problème, j’ai beau postuler, avoir refait mon CV, améliorer considérablement ma lettre de motivation et avoir un mastere spécialisé mention TB dans une grande école de commerce, RIEN. Depuis septembre 2015, deux entretiens et une défaite en finale, l’autre candidat ayant plus d’expérience que moi. Je persiste, je ne me résigne pas mais le découragement commence à pointer son nez. Continuer à se battre, ne pas tomber dans le piège du pourquoi pas moi…et un jour réussir? #onnestpasnessouslamemeetoile #toutçapourça

  4. C’est peut-être la honte, mais j’ai abandonné.
    Je fais semblant de chercher pour faire bonne mesure socialement, mas j’ai abandonné.
    Parce que toujours être fort, dynamique, motivé, et tout autre qualité d’entretien d’embauche sans rien, c’est fatigant à la longue

    Jeune diplomé, ça va bientôt faire 3 ans que je cherche un emploi.
    Au déut j’essayais dy mettre du mien, d’envoyer des tonnes de lettres, (J’ai même envoyer des candidature spontannées dans tout le département ou presque!), et d’attendre invariablement une réponse. Toujours la même. Recalé avant même d’avoir un emploi. C’est banal à en pleurer et je sais que je suis loin d’être le seul dans ce cas, mais j’ai pas le cœur assez accroché.
    J’avais pas envie de tomber en dépression pour quelque chose d’aussi stupide.
    J’aurais presque préféré qu’on me dise en face que je suis un moins que rien, car au moins çà aurait été personnel, mais non. Aucune explication, je n’ai aucune valeur sur le marché du travail.
    Alors ben sûr j’ai refait mon CV un nombre incalculable de fois (çà occupe àprès tout.). J’ai participé à quelques salons (c’est meux que de rester enfermer chez soi), mais j’ai tout déléguer à ma conseillère. Bien sûr, je susi réactif, et si elle me propose quelque chose, je suis partant, mais le coeur n’y est pas. J’a quand même passer l’âge de croire au Père Noël (Surtout qu’ici c’est en fait le Père Fouettard déguisé…)
    J’ai fait aussi des bilans supposées nous aider a (re)trouver de l’emploi, qui m’ont au moins permis de rencontrer des personnes formidables, du coup je ne regrette rien.

    En plus voir le travail (d’archiviste, si vous vous demandez) pour lequel j’ai passé un diplôme (et j’ai intégré à quel point il était important) donné aux petits stagiaire et déconsidéré, parce que c’est l’emploi qui est fermé en premier, çà me donne pas très envie de continuer. Voir quelqu’un en stage réver de torturer/tuer son patron (alors que c’est une personne normale et plutôt sympathique), non plus.
    Enetdre des gens dans le domaine social nous dire que c’est normal dans certains milieux de travail de se faire insulter constamment, çà fait douter encre plus du bien fondé de cette recherche.
    Bien sûr, j’ai pas envie d’être une « grosse feignasse qui profite des aides sociales », mais si tout le mode pouvait, comme moi, vivre correctement sans aucun stress, ni pression, je trouverais çà quand même mieux.

  5. L’effet miroir.
    Si vous saviez comme c’est difficile. Non, j’étais pas préparé. Ecole de commerce, stage, CDD, auto-entrepreneur, CVs, lettres de motivation, tout ça pour rien. Tout ça pour se dégoûter soi-même, pour se rendre compte qu’on a fait tout ça pour rien, pour douter de tout, d’une place qui attend quelque part.
    Je ne sais pas si j’aurais la force de continuer comme ça longtemps.

  6. Je fais partie de l’armée des postulants. Si d’autres soldats souhaitent discuter d’un putsh autours d’un café ou d’une bière, je ne suis pas contre.
    Courage

  7. J’ai tellement l’impression de lire mon parcours quand je lis ce billet, que s’en est presque flippant. J’ai aussi tout essayé, chômeur depuis maintenant 15 mois… Postuler dans ma branche d’études, dans celle de mon parcours professionnel, passer des entretiens, pour en arriver toujours à la même journée bateau : se lever, regarder les offres, envoyer quelques CV, essuyer les refus, et se lamenter sur son sort le reste de la journée en se pensant moins que rien, malgré ce début de vie qui avait l’air d’être plutôt parti sur le bon pied.
    Un an et demi, c’est long. J’en ai mal au dos à être assis toute la journée à chercher du boulot. Je n’ose plus réellement sortir parce que la situation de chômeur est très difficile à vivre socialement. J’ai plusieurs fois abandonné pendant cette période de recherches. Pendant quelques mois parfois. Aujourd’hui j’ai repris les recherches, ça fait maintenant quelques semaines que je n’ai pas eu de coup de blues. Ce matin en me levant, j’ai eu une vague de découragement, et comme il n’y avait aucune offre d’emploi nouvelle dans mon domaine, j’ai pris une journée de congé à trainer sur internet. Pour au final lire des témoignages de gens qui sont sans emploi.
    Demain est un autre jour, chaque matin je me lève en espérant pouvoir, un jour, m’acheter une maison et ne plus galérer. Ce jour, je ne l’apperçoit pas encore, pour l’instant un désert s’offre à moi.
    Bon courage à tous ceux qui sont dans cette galère. #onvautmieuxqueca

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