Robot de chair : agroalimentaire, métallurgie, usines…

voilà mon témoignage du monde du travail: j’ai fait beaucoup d’intérim avant d’avoir droit au RSA, pour ne pas me retrouver à la rue quoi, plusieurs missions ont été particulièrement pénibles je vais vous en raconter quelques unes :

3 semaines à faire du nettoyage industriel

En plein été sous les tôles d’un hangar, une chaleur étouffante, on devait nettoyer des machines qui servaient à peindre sur du plastique (pour des embalages, des flacons etc) des couches de peinture et de vernis de plusieurs centimètres d’épaisseur à décaper avec des brosses, des chiffons des balais et surtout des solvants très puissants qui nous arrachaient le nez et nous défonçaient la tête pendant qu’on travaillait. on a été nombreux à devoir sortir plusieurs fois pour respirer un peu d’air avant de reprendre le travail, simplement pour ne pas s’écrouler.

Comme protection on avait le droit à une combinaison intégrale très fine qui se perçait très rapidement, des gants que le solvant rongeait petit à petit et un masque « décoratif » du genre de ceux que mettent les chirurgiens (ça ne filtre rien).

au bout d’une semaine je ne sentais plus rien, aucune odeur, ce que je mangeais me faisait penser à du carton.

Je suis resté trois semaines là dedans pour apprendre tout à la fin par un collègue qui travaillait en CDI dans l’usine, que le chef d’équipe ne nous avait pas donné les bons masques pour faire des économies… et notre santé ? il s’en foutait lui, il restait pas avec nous pendant qu’on travaillait.

Aucune prime de risque, pas de primes de vêtement (j’ai bousillé des jeans, merci) rien, le minimum du minimum, pas un centime de plus.

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Intérim pendant 6 mois, avec un contrat par semaine dans la métallurgie (les temps modernes de chaplin mais en couleur)

Piétinant à mon poste sur 5 m² dans un bruit infernal des machines, des presses gigantesques qui s’abattent de plusieurs mètre de haut sur des tas de tôle pour former les pièces que je soude après sur une machine avec des diodes, comme un robot toute la journée, de 6000 à 8000 pièces par jour les mêmes geste, de quoi devenir dingue.

pause pour manger : 20mn. en 20mn faut gober un sandwich au milieu de l’atelier, tjrs dans le bruit et aller pisser en fumant sa clope sinon on peut faire une croix dessus jusqu’au soir.

je commençais à 5 heures du matin, et je voyais des gens qui arrivaient bourrés au taf, ou avec les yeux de ceux qui ont fumé de l’herbe au saut du lit, un taf dangereux, on a vite fait de se faire souder une main ou arracher un bras si on ne fait pas attention. bourrés pour supporter le bruit, la cadence et l’ennui. L’ennui parce que quand on fait plus de 6000 fois/jour les mêmes gestes, on ne pense plus à ce qu’on fait on est des automates, des robots de chair.

ils m’ont proposé le CDI avec le salaire minimum garanti pour des années, sans augmentation. Si j’étais resté je serais devenu alcoolo ou dingue, ou manchot, ou les trois. J’ai refusé le CDI, heureusement j’avais assez cotisé pour toucher le chômage et récupérer de cette mission.

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Je m’aperçois que c’est déjà long alors je vais pas en raconter d’autre mais des missions comme ça j’en ai fait beaucoup, dans l’industrie, l’agro alimentaire, l’électronique toujours dans des usines, souvent sur des chaînes.

Rien qu’avec les cadences c’est pas humain, ça abîme vite le corps ces mouvement répétitifs, chronométrés, avec aucun respect de nos supérieurs. J’ai vu des mecs de 20 ans avec le dos déjà ruiné, qui se faisaient faire des injections de cortisone entre les vertèbres régulièrement pour continuer à bosser, pour toucher les miettes de salaire qui permettent tout juste de rembourser le crédit, mettre l’essence dans la bagnole pour aller faire les courses et surtout pour retourner bosser encore !

On arrive 1mn en retard : la pointeuse nous prend 15mn sur notre paye quand c’est pas carrément 30mn, si on débauche en retard c’est du travail gratuit, on refuse des heures supp et on n’a pas le contrat la semaine suivante.

Une fois j’ai refusé de travailler un 1er mai parce que j’avais réservé des billets de train et que c’était férié, le 1er mai la fête du travail quand même ! ils n’ont pas renouvelé mon contrat, et m’ont menacer en plus de me griller dans toutes les boîtes de la région, en me parlant comme si j’étais un chien.

Plus jamais ça, JAMAIS, je suis au RSA là, je galère vraiment, je mange pas souvent ce que je veux, les fins de mois commencent le 10 ou le 15. mais je préfère 1000 fois ça.

Bosser pour fabriquer des merdes inutiles mais chères et en plus polluantes, tout ça en se ruinant la santé pour couronner le tout, je ne peux plus, je ne veux plus, je ne le ferais plus.

Je suis devenu ce qu’on appelle un « rentier » du bas de l’échelle, un « parasite » comme dirait cette ordure de wauqiez, mais je crois qu’en une dizaine d’années j’ai plus bossé que tous les libéraux cyniques qui nous gouvernent, et ils touchent 10 fois, 20 fois plus que moi, sans pointeuse eux, dans des beaux costumes bien chers.

Je trouve ça pas juste et je suis très en colère mais je patiente, je m’en contente pour l’instant.

En espérant que les gens se réveillent et se révoltent enfin

3 thoughts on “Robot de chair : agroalimentaire, métallurgie, usines…

  1. J’ai exactement vécu la même chose, à faire des contrats à la journée pour porter des cloisons en résine pour les salles stérilises, ça fait presque 100Kg, on était que deux, et y’en avait tout un semi. « Mais t’inquiète, t’es jeune ! » Bah oui, j’avais 21 ans mais ça m’a pas empêcher de faire un tour chez le kiné. Je ne compte plus le nombre mission en agro où on te pose immobile et debout devant un tapis, avec pour seul rôle de prendre des éclats de noix de coco et les disperser sur des gâteaux pendant 8h. Et si tu avais le malheur de prendre une chaise pour te poser (ce qui ne fait de mal à personne), c’était un savon de la chef et des mauvais retours à ta boite d’intérim pour mauvaise conduite.
    Et là je continue ce même train de vie, sauf que ce sera en CDD avec un salaire minimum dans un atelier où l’on fabrique des revêtements en polyester. Là je suis en stage, pas payé bien sûr car c’est un « stage découverte ». Pourtant on me fait travailler tout seul et au même rythme que les autres alors que je connais à peine le milieu, avec autour de moi des produits très dangereux. Bon bien sûr, ça va déboucher à coup sûr vers un contrat de 6 mois minimum mais payé au SMIC et rien de plus. Sans compter la pause de midi, on a juste 5 min de pause toutes les 2h avec le chef qui regarde à la seconde prêt. Même pas le temps de s’en griller une, et juste le temps d’aller à ton café, l’avaler alors qu’il est bouillant et revenir à ton poste.
    Après, je sais plus trop à qui en vouloir, si c’est à notre patron ou aux actionnaires qui lui mette la pression (si c’est une petite boite), mais dans tous les cas, je trouve pas ça normal qu’en France, en 2016, on en soit encore là. J’ai que 24 ans et j’en ai déjà marre.

  2. Je suis touché par ce témoignage, non pas parce ce que j’ai vécu les même choses mais parce que j’ai toujours été conscient que je ne voulais pas finir à travailler dans une usine moyennant un salaire de misère. C’est de l’exploitation et même pire que ça. C’est indigne de nous. Je suis conscient que des personnes acceptent de telles conditions de travail pour ne pas vivre avec moins au quotidien, enfermées dans une spirale sans fin qu’on a mis tant d’années à nous persuader que « c’est normal », mais ce n’est pas rendre service à la société et à soi.

    Au contraire cela devrait nous révolter au plus profond de nos entrailles. Comme toi je suis au bas de l’échelle sociale me contentant du fameux RSA, mais je ne m’en plains pas vraiment au fond, même s’il est vrai qu’on nous considère bien souvent comme des « parasites ». Il n’y a pas de mal à vouloir préserver la dignité humaine en estimant qu’on vaut mieux que ça. Et les véritables « parasites » ce sont pour moi ceux qui la méprisent au profits de leurs intérêts financiers sans tenir compte de l’être humain qui est derrière.

    Les gens commencent à se réveiller petit à petit, il faut cependant les bousculer et bousculer leurs habitudes, chose qui n’est pas aisée mais où j’essaye aussi d’apporter ma ma pierre au milieu d’un champ d’indifférence pour reconstruire un monde meilleur et que je désire plus beau. Parfois je désespère que ce changement massif n’arrive pas, je m’isole dans mon monde, mon imaginaire pour supporter une réalité chaotique et retrouver des forces mais je ne perds pas la foi.

    Je retrouve vite mon optimisme quand j’échange avec des personnes qui ont la même philosophie et les mêmes envie de donner plus de sens à leurs vies. Et pour ça nous pouvons remercier le collectif « On Vaut Mieux Que Ça », car au-delà d’être des personnes qui nous proposent des contenus de vidéos enrichissants par leurs diverses réflexions, ils nous prouvent qu’ils ont tous un cœur énorme, des grandes qualités d’écoute et d’empathie, de la loyauté et donnent encore un sens profond au mot altruisme. Comme quoi on peut faire du bien sans qu’il soit absolument question d’argent. Et ça ça vaut bien plus que toutes les politiques du monde !

    Merci à vous et continuons à nous battre et ne lâchons pas l’affaire car ensemble nous pouvons faire front aux injustices qu’on tente de nous imposer au quotidien. Ne nous résignons pas, soyons fort ensemble.

    Matthieu

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