Un Bac+5 pour emballer des vérins hydrauliques sur des palettes

Lorsque je travaillais dans l’industrie, je me suis confronté à un souci : la confusion entre les métiers (et donc la disparition de certains métiers). J’étais de « concepteur de produits industriel », en quelques mots je recueillais les problèmes d’un client, je le formalisais dans un « cahier des charges », puis je l’analysais et je proposais solution technique sous forme de dessins industriel.

Mon « cœur de métier » était donc la création de machines répondant à un problème particularité. Du coup mon travail se concluait par l’apport d’un dessin d’ensemble de la machine et d’une multitude de dessins de définitions de toutes les pièces à créer pour l’exécutions de cette machine. Cependant ce métier est englobé sous appellation « dessinateur projeteur » en milieu professionnel : en quelques mots tu dessines des pièces avant de les manufacturer.

En discutant avec des retraités je me suis aperçu qu’avant on distinguait le « bureau d’étude » du « bureau des méthodes », soit l’étude de « se que l’on doit faire » avec l’étude de « comment on doit le faire ». Aujourd’hui les deux métiers sont confondus. Du moins « le bureau d’études » est englobé dans le métier de commercial et le « dessinateur projeteur » devient un exécutant technique répondant aux volontés des commerciaux et devant développer machines autour des incohérences commerciales…

De plus, et dans une expérience plus personnelle, il y a quatre ans, je rentre en intérimaire dans une société comme « dessinateur projeteur ». A ma grande surprise je me rends compte que la moitié de la journée est consacré non pas à l’étude des produits à développer mais à des travaux divers (préparation des pièces détachés, gestion de stock, commandes diverses…). Je me propose donc pour séparer ces compétences (souhaitant alors décrocher mon CDI!!!) pour revaloriser le travail d’étude des produits. Me voilà donc catapulté « magasinier », faisant progresser ainsi les conditions de travail de mes collègues, mais me récupérant toutes les charges inintéressantes de la société.

Cependant j’avais l’espoir de lendemain meilleur, du fait que le directeur de la société m’avait promis que cette situation ne serait que de 5 ans, le temps que je mettent en place les procédures du magasin.

Heureux, je m’attaque « corps et âme » à cette tâche, cherchant à développer une base de données fixant les compétences de chaque services de l’entreprise, retraçant l’historique des chaque projet, mettant la « qualité » au centre du process ! De quoi se faire détester du reste de ses collègues, et faire avorter le projet dès la présentation (mais je ne m’en étais pas rendu compte à ce moment).

Le paradoxe de cette situation fut atteint lorsque l’on m’a chargé des expéditions: je passais 75% de mes journée à faire et manutentionner des palettes. Sentant mes limites arriver, je proposais des solutions, toutes m’ont était refusé, ou détruite par une exception. Au final j’avais un Bac+5 pour emballer des vérins hydrauliques sur des palettes !!! Mais j’avais participé à l’augmentation de 30% du CA!

Tout a fini l’année dernière lors d’un entretien avec mon directeur, dans lequel il a souhaité repousser mon échéance de 5 ans à 10 ans pour pouvoir établir les procédures magasins. J’ai signé une rupture conventionnelle de contrat, entraînant derrière moi le départ de 4 salariés, de 2 directeurs, de 3 de mes successeurs et ramenant le CA à ses valeurs passés.

En conclusion, la destruction du droit du travail détruiront les petites entreprises au profits des grosses, car la course à la rentabilité à cour terme amplifie les tâches qui m’incombent qu’à une personne dans l’entreprise. J’entends par là que je n’ai jamais était payé comme « concepteur de produits industriels », mais c’est mes compétences annexes qui ont étés valorisés, en tant que « bureau des méthodes », bricoleur en informatique, monteur, peintre, conducteur de chariot élévateur, etc…

Le droit du travail fait l’éloge de la lenteur, dans le sens je réfléchis à mon travail, à améliorer mes conditions. Sa destruction mènera à une destruction de nos compétences car non rentables.

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