Surveillant en internat de nuit, payé 600€ pour 136h par mois

Je suis étudiant en sociologie. Pour payer mes études je dois travailler à côté de mes études. Parce que j’ai 27 ans et que mes parents ne peuvent pas me prendre en charge en plus de ma petite sœur. Grâce à pas mal de chance j’ai réussi à décrocher un boulot de surveillant dans un internat. Si je m’estime heureux, car ce job est loin d’être aussi dur que le fast food ou tout autre petit job étudiant. Ce n’est pourtant pas la panacée.

Je bosse 2 nuits par semaine plus un dimanche sur deux. Chaque nuit de boulot je passe 14h sur place mais seulement 9h sont payées car on considère que l’on dort, donc on nous sucre 5h, comme ça. Oui on dort, mais mal et nous sommes souvent réveillés par les élèves soit parce qu’ils font du bruit, soit parce qu’ils sont malades etc. Je précise aussi que nous ne sommes pas payés en tarif de nuit. Pourquoi ? Bonne question. Parce que nous sommes dans la fonction publique peut être ? Le dimanche nous ne sommes payés ni en tarif de nuit, ni en tarif de jour férié. Fonction publique encore…

Nous avons en moyenne 48 élèves à surveiller. Sachant que nos missions ne se limitent pas à la simple surveillance (nous sommes « assistants d’éducation » selon notre contrat) puisque nous devons aussi aider les élèves à faire leurs devoirs, appeler les familles si les élèves ne sont pas là (pratique si l’on doit surveiller les élèves en même temps) et faire attention à ce que certains élèves ne se fassent pas harceler (mission impossible tant les élèves sont nombreux – d’ailleurs un élève harcelé à un jour sorti un couteau à l’internat devant ses tourmenteurs, ce que nous n’avons appris que plus tard…) Notre contrat est un CDD d’un an renouvelable 6 fois maximum. Évidemment aucune prime de précarité liée à ce CDD.

Nous sommes donc payés 600€ pour 136h par mois (et il s’agit de travail de nuit !) Et tout ça sans compter les tâches que les CPE ne veulent pas faire et nous délèguent. Et puisque nous sommes en CDD, si nous décidons de l’ouvrir, notre contrat n’est pas renouvelé l’année suivante. Certes nous sommes annualisés, ce qui veut dire que nous sommes payés juillet et août. Mais ce travail impacte ma scolarité et celle de mes collègues qui sont aussi étudiants. Oui nous pouvons dormir mais nous dormons mal. Et le lendemain matin je dois aller à la fac, sur mon terrain d’étude, préparer mes exposés et lire pour mon mémoire. Ce boulot est une contrainte de plus qui pèse sur mes épaules. Car il n’est pas question de le faire à l’internat ! Les CPE nous l’ont bien spécifié : nous devons constamment être en mouvement et nous balader dans les couloirs. Donc si nous devons étudier c’est une fois les élèves couchés, ce qui empiète sur notre temps de sommeil.

Avant les vacances j’étais pas loin du burn-out : stress, corps qui lâche… Je suis fatigué. Je veux étudier sereinement et sans stress. Car pour en rajouter une couche j’ai décidé de faire de la recherche. C’est ma passion et je ne vois pas ce que je pourrai faire d’autre. Or la compétition est rude. Mais les autres étudiants qui se destinent à cela et qui ont la chance de ne pas avoir besoin de travailler ont tout le temps et l’énergie nécessaire pour passer leur temps à étudier. Ce n’est pas mon cas. Et après on nous parle de méritocratie… Ce serait méritocratique si tout le monde avait les mêmes chances. Ce n’est pas le cas. Alors pour tous les étudiants qui travaillent et pour tous les autres : on vaut mieux que ça. Encore merci

9 thoughts on “Surveillant en internat de nuit, payé 600€ pour 136h par mois

  1. Faut pas exagérer. J’ai été pion d’internat 6 ans. Je n’ai dû être réveillé la nuit que 3 ou 4 fois. Par contre, c’est vrai qu’on ne peut pas travailler pour soi, ou si peu. Il faut le savoir et ne pas se faire d’illusions.
    Mais c’est ça le travail. Être étudiant en socio (comme je l’étais) devrait impliquer de le savoir (avant de faire d’autres recherches). Un des pb concernant ce boulot est de prétendre, en effet, que ça aide les étudiants. C’est pas sûr. Mais pas plus qu’un autre boulot, justement! C’est un pis aller. Et la socio consiste à comprendre les choses.
    NB. Normalement, le boulot de pion était aussi fait pour ceux qui passaient un concours d’enseignement pour les lycées. Avec l’augmentation du niveau d’étude, c’est devenu juste un job comme un autre (qui laisse un peu plus de temps quand même).

  2. Bon c’est clair que c’est pas la panacée, mais bosser comme « assistant d’éducation » (en fait pion, ou surveillant), c’est quand même un des meilleurs jobs étudiants possibles.
    Les horaires ne sont pas variables, on est payé même pendant les vacances, ça dépend des établissements mais il y a souvent possibilité de se faire remplacer assez facilement si besoin (exams ou autres).
    Le fait de travailler de nuit rajoute de la fatigue, en même temps on est payé à souvent dormir. L’auteur de l’article dit dormir très mal, et c’est clair que c’est jamais comme dormir chez soi (et je suppose aussi que c’est sans doute dur dans certains bahuts) mais perso dans l’ensemble je me couchais souvent alors que techniquement c’était encore des heures payées. Ce qui fait que mon mi temps était fait en une nuit plus un peu plus d’une journée. Ce qui me laissait le reste de la semaine pour la fac, les sorties… Concentrer les heures de cette façon a quand même des avantages.
    Je veux pas dire que l’auteur de cet article devrait pas se plaindre, hein, on est d’accord qu’il y a des choses à améliorer dans tous les jobs. Et surtout : qu’en tant qu’étudiant on ne devrait pas avoir à travailler en même temps, parce que ça impacte énormément sur le boulot universitaire.
    Mais j’avais quand même envie de relativiser un peu car de tous les jobs étudiants que j’ai fait… ben être pion c’était de loin le moins précaire.

    1. l’objectif n’était pas de dire que son boulot était le meilleur ou le pire du monde, non.
      l’auteur voulait souligner que la méritocratie en France n’existe pas…

      Je trouve votre commentaire désobligeant.

  3. Je compatis. Et pourtant j’ai presque envie de te dire que tu as de la chance d’être en CDD. Je suis moi aussi engagée par le rectorat, en tant qu’auxiliaire de vie scolaire… Mais en contrat CUI. Je n’ai pas le droit à plus de 20h/semaine, pas d’indemnités de fin de contrat, et comme ça coute moins cher, je n’ai aucun espoir d’avoir un CDD (et donc plus de « sécurité ») à la fin de mon prochain contrat. Retour case pole emploi donc…

  4. Je suis stupéfaite par les commentaires qui minimisent le témoignage… Même si le taf c’est de « dormir », il s’agit quand même d’un taf. On n’est pas libre de partir. Ne pas travailler, c’est être où on veut et faire ce qu’on veut. Donc, même s’il s’agit d’être simplement présent, la moindre des choses est d’être payé le minimum, c’est à dire, le SMIC horaire.
    J’ai été employée de maison pendant des années, et cette saloperie de convention collective permettait également des saloperies dans le genre. Pendant le temps de sommeil des enfants (donc les siestes), le tarif horaire était minoré et c’était légal !

    1. Moi aussi je suis stupéfaite que tellement de gens trouvent que « quand même », si on a un job même si on est exploité, voire quasiment réduit en esclavage, faut pas se plaindre; Alors si c’est ça qu’ils continuent à voter pour la gôche qui n’en n’est plus, la droite dure et le fhaine, ils n’auront que ce qu’ils méritent…

  5. Vous vous rendez compte de vos commentaires ??? Genre, vous savez ce qu’il a ressenti, et ce qu’il a vécu parce que vous étiez à sa place ???
    Pourriez-vous faire preuve de compation et d’empathie ?!
    EST-CE NORMAL, dans notre société, DE DEVOIR TRAVAILLER QUAND ON ÉTUDIE ???

    Nota : S’il y a bien une chose que je hais, c’est cette oxymore venu des libéraux : Égalité des chances !
    Il n’y a pas d’égalité dans les chances !

    1. Tout à fait d’accord avec vous qui, comme moi, avez compris que l’égalité des chances n’est qu’un oxymore, suffit de réfléchir un peu pour le comprendre.
      Merci de votre commentaire.

  6. Pour ce qui est des horaires de nuits elles sont ainsi définies:
    3 heures d’astreintes et le reste est considéré pour le sommeil, si jamais on est dérangé, on peut demander à ce que ces 3heures soit comptabilisés pour le quota horaires (généralement déduites des heures administratives) le fait d’être payé jusqu’a 22h00, 22h30 etc… certains lycées payent leurs AE jusqu’à 23h00, c’est le lycée qui décide.

    Pour le 30 pensez à prévenir vos collègues par messages, nous cette année, lors de la première manif, deux AE qui devaient accompagner des élèves en sortie se sont retrouvés bloqué à l’internat et on leurs à dit:  » mais si on à personne ce soir pour garder les jeunes c’est votre responsabilité! » ben oui ça leurs fout les boules, ils ne peuvent pas renvoyer les jeunes, et ils répercutent ça sur les AE, PIRE l’année dernière on s’est passé le mot, il n’y avait qu’un AE qui ne voulais pas faire grève, le CPE à dit: « mais je serais là ce soir », il est venu et est resté 10min… l’AE s’est retrouvé seul pour 80 jeunes…

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