Sur le marché du travail, je ne vaux rien

Mon histoire va être longue, mais je pense que beaucoup pourront s’y reconnaître. Je m’appelle Marion, j’ai bientôt 29 ans, j’habite Bordeaux. Je suis depuis peu illustratrice, à mon compte.

Mon parcours : à 18 ans, j’ai eu mon bac Littéraire. Mon but : faire des études d’histoire de l’art, pour ensuite travailler dans le secteur culturel (musée, institutions culturelles, galeries, etc…). J’ai fait une licence d’histoire de l’art, puis j’ai obtenu mon Master 2 dans une université de Bordeaux.

Je savais que ce n’était pas une voie facile, je savais que je ne me facilitais pas la tâche en choisissant cette voie dite « bouchée ». Mais j’avais un rêve, celui d’aimer mon futur travail, alors j’y ai cru, je me suis battue, c’était difficile, mais j’ai obtenu ces fichus diplômes. En parallèle, j’ai toujours fait des petits jobs pour aider mes parents à financer tout ça. Et puis à l’entrée en master, j’ai décidé de devenir autonome, c’était de plus en plus difficile pour mes parents de m’aider depuis qu’ils étaient à la retraite.

J’ai pris un job dans un supermarché, à mi-temps, comme vendeuse dans le prêt-à-porter. C’était dur, je ne gagnais que 500 euros par mois, mais je supportais assez bien, n’étant qu’à mi-temps, j’avais le loisir de m’occuper de mes recherches pour mon mémoire, d’étudier pour mon diplôme, de dessiner et de sortir un peu prendre l’air de temps en temps. Mon master obtenu, j’ai décidé de garder mon travail au supermarché (en CDI) le temps de chercher un travail dans mes cordes.

Les mois passaient, et rien. Des CV, des tas de CV, peu de réponses, toujours négatives. Jamais d’entretiens. Pourtant… Pourtant j’avais de bons diplômes, plusieurs stages à mon actif, je parlais le français et l’anglais, maîtrisais tous les logiciels de bureautique, avais de la culture. Bon, c’est vrai, peu d’expérience, mais je cherchais un premier emploi qualifié ! Je ne demandais pas la lune, juste qu’on me fasse confiance, une fois… juste une fois ! Ça n’a jamais été le cas, car mon CV se noyait dans la marrée d’autres CV de gens comme moi qui demandaient une chance…

Après quelques mois de recherches infructueuses, et comme tout le monde était très content de mon boulot au Monoprix (et pour cause, j’étais quasi l’employée modèle, jamais malade, jamais en retard, dynamique, capable de venir à bout d’une pile de pulls en vrac à la vitesse de l’éclair, etc… Bah oui, même un job alimentaire, ça se respecte, on travaille en équipe.), on m’a proposé un second job d’étalagiste à mi-temps, de sorte que ça me faisait travailler 6j/7, en faisant 3 jours vendeuse, 3 jours étalagiste. J’ai dis oui, parce que j’avais bien envie d’apprendre le boulot d’étalagiste, qui me semblait le plus varié et le plus créatif parmi les jobs proposés dans mon supermarché. Et puis ça me ferait des sous en plus, ce qui n’est pas de refus quand on vit avec un demi SMIC dans une grande ville…). On m’a mise en équipe avec une collègue adorable. Et c’est là que ça a commencé à devenir terrible.

En tant que vendeuse, le job était difficile, très difficile, mais j’avais une manager et une équipe formidables, ça m’aidait à tenir le coup, et puis j’avais un week-end sur deux pour me reposer, j’avais le temps de voir mon copain, mes amis. Comme étalagiste, le travail était tout aussi physique, mais finalement très peu créatif, je n’avais plus aucun week-end, et surtout, j’étais sous les ordre directs d’une directrice despotique. Je ne raconterai pas par le menu toutes les crasses, les coups bas, les paroles odieuses que cette directrice a pu faire ou dire, ce serait trop long. J’allais au boulot avec la boule au ventre. Sachez juste que j’étais là pour seconder l’étalagiste d’origine, qui enchaînait les arrêts maladies à cause d’hospitalisations régulières causées par un ulcère sévère à l’estomac. A même pas 30 ans. Le stress,tout ça…

Bref. Après avoir subi des mois de pression et de fatigue physique pour juste le SMIC, j’ai décidé que je valait bien mieux que ça, et j’ai fini par dire au revoir au supermarché, après 18 mois de bons et loyaux services. Et je n’y ai plus jamais remis les pieds. J’y ai vu beaucoup de choses, compris énormément de choses aussi sur notre société actuelle, sur les conditions de travail des « petites gens » comme on dit parfois. J’ai compris que je ne voulais plus travailler pour un grand groupe qui déshumanise le travail, qui presse toujours plus les employés, les paye toujours moins, car les magasins se vident inexorablement…

Ne trouvant toujours rien dans ma partie (comme d’hab, des CV, peu de réponses… Deux entretiens humiliants quand même), vivant depuis deux mois sans salaire ni allocations chômage, accumulant un superbe découvert, j’ai postulé pour un job de vendeuse dans une petite chaîne de magasin d’accessoires. Je connaissais déjà, les boutiques sont super mignonnes, les vendeuses toujours sympa, les produits sont chouettes… Pourquoi pas ? Ça ne sera pas pire que le supermarché !

Entretien nickel, on me fait miroiter une entreprise familiale chaleureuse, une sorte de grande famille où tout le monde se tutoie, une ambiance de travail très décontractée, ainsi qu’un CDI à mi-temps dans un premier temps et des possibilités rapides d’évolution dans la boîte et un plein temps. Je dis oui, me disant que finalement, je pourrais peut-être faire ma carrière dans le commerce en montant les échelons, après tout, pourquoi pas ? Je n’aime pas spécialement ce travail, mais je le fais bien, et ça embauche… Tant pis pour mon rêve de gamine et mes diplômes « inutiles ». Je décide donc de me donner à fond dans ce job.

Les premiers mois ça se passe bien. Je suis à mi-temps, l’ambiance est super, c’est l’été, et les boutiques sont dans les coins touristiques de la ville, c’est animé ! Ma responsable est jeune, très sympa, les autres vendeuses aussi, d’ailleurs tout le monde est très sympa dans cette boîte ! Pendant plusieurs semaines, je goûte le bonheur d’aimer un peu mon travail et je ne fais pas trop attention aux petites choses qui ne me paraissent pas très réglos de la part de la direction.

La rentrée arrive, les touristes s’en vont, les boutiques se vident, les chiffres dégringolent. Noël n’est pas très bon, et après janvier, c’est le désert dans les boutiques. Le patron panique, instaure des règles de plus en plus débiles, ne renouvelle plus les collections, ne renouvelle pas non plus les commandes de fournitures pour la boutique. La caisse tombe en panne plusieurs fois, elle a trop chaud, disposée comme elle est dans la boutique. On ne change rien, débrouillez-vous, encaissez à la main.

Il m’est arrivé de passer plusieurs jours à tout encaisser à la main, avec un papier, un stylo, une calculette, et une clef pour la caisse. Pas de chance, c’était les soldes. En avant les pourcentages ! Et la file de clients mécontents qui s’allonge… Le Patron a eu le toupet de nous reprocher des erreurs de caisse. On se faisait engueuler pour tout : des trop nombreuses remises sur les produits (oui, les produits étaient obsolètes, troués, tachés, vieux, effilochés, puisque de mauvaise qualité et vieux de surcroît…), des trop nombreux défectueux qu’on mettait à la poubelle (la boutique était composée de baies vitrées, avec le soleil, ça décolorait tout dans la boutique… Le patron n’a jamais voulu y remédier, alors on mettait à la poubelle des cartons entiers. Qui achèterait un foulard en soie à 79euros décoloré ? Personne.

On se faisait engueuler quand le patron entrait à l’improviste dans la boutique pour nous surprendre en train de… travailler (oui, une fois je me suis fait remonter les bretelles parce que j’étais en train de préparer la prochaine commande de réassort pendant qu’une cliente faisait tranquillement un tour. On m’a interdit de le faire par la suite et de ne m’occuper QUE des clients. Mais on nous demandait quand même que ce soit fait … Allez savoir). D’ailleurs, il y avait des caméras, et le patron regardait souvent ce qu’on faisait, et nous faisait savoir régulièrement qu’il nous surveillait. Sympa.

Je passe sur le fait qu’on avait pas le droit de s’asseoir en boutique, qu’on avait pas le droit de boire (il faut aller en réserve, mais comme on est seule en boutique, ben… On peut pas.), qu’en été il n’y avait pas de clim (en panne, mais le patron voulait pas faire réparer, parce que c’était de la faute aux constructeurs Français qui étaient nazes.). En plein été, on était pas loin des 45°c, avec des baies vitrées inondées de soleil. Les clients fuyaient la fournaise.

Je vous raconte une petite anecdote tout de même, elle vaut le coup : la directrice réseau rentre de ses vacances au soleil en plein mois de juillet (sachant qu’on nous les a refusés, à nous vendeuses, ces jours en juillet…). Elle entre dans la boutique, toute bronzée et souriante, nous demande comment on va. Ma responsable et moi, en sueur, on lui explique qu’il fait vraiment très chaud, que les conditions de travail sont vraiment difficiles. Sa réponse ? – Oh, ne vous plaignez pas, je reviens de Séville, il faisait une chaleur à crever, j’ai passé mes vacances dans la piscine ! Ça fait relativiser !– …

Bref, j’ai des milliers d’anecdotes sur cette boîte, des milliers, des comme ça, parfois des plus graves. Les 6 derniers mois, tout s’est dégradé : on m’a proposé un job à plein-temps de première vendeuse dans une autre boutique de la chaîne. J’ai dis oui, bien sûr. J’ai changé de boutique, et je suis tombée sur une autre responsable adorable. On m’a expliqué mon nouveau job, que je devrais seconder la responsable, chapeauter un peu les autres vendeuses, etc… Une petite évolution, avec le salaire qui va avec ! Au même moment, je décroche un permis de travail de deux ans au Canada. Je décide de partir, mais pas tout de suite, je me donne un an, le temps de me faire un peu d’expérience en tant que première vendeuse. Je l’annonce à ma chef réseau, qui est ravie pour moi! Ça s’arrête là. Deux mois plus tard, je ne constate aucun changement dans mon statut sur la fiche de paye, mon salaire n’a pas bougé d’ailleurs, ni mon échelon.

Petite parenthèse sur les échelons : dans la vente, l’échelon 1, c’est celui de la vendeuse sans expérience et/ou sans diplômes. Ensuite, plus on a d’expérience et de diplômes, plus l’échelon grimpe, et le salaire avec (bon, c’est jamais mirobolant, mais c’est déjà mieux que le SMIC pur et simple). Moi dans cette boîte on m’a embauchée échelon 1 (avec mes 3 ans d’expérience dans la vente et mon bac+5), alors que j’étais échelon 3 au supermarché. Quand je demande à la chef réseau pourquoi je ne suis toujours pas première vendeuse officiellement, sa réponse : « Ah mais oui, en fait j’ai changé d’idée, vu que tu pars dans un an, je pensais que tu voulais plus du job de première vendeuse finalement, voilà ». Me prévenir ? Noooooon… Et pourquoi m’avoir tout de même donné les responsabilités du job ? Le job sans le salaire ? Voilà l’idée que ma boîte se faisait d’une évolution.

La boîte allait de plus en plus mal, faute d’une très mauvaise gestion. Des créanciers m’appelaient parfois en boutique pour parler au patron. J’avais ordre de ne pas communiquer ses coordonnées, à personne. Une petite prime de quelques dizaines d’euros en un an, aucun 13ème mois, même pas de tickets-resto (pour les cadres, oui, mais pas pour les vendeuses). Des journées de plus en plus chargées, de plus en plus seule dans les boutiques, des heures durant (plusieurs vendeuses se sont fait agressées dans ces conditions, moi compris. Ça vous dirait de vous retrouver seule dans une boutique en pleine nuit à 22h dans une rue déserte ?).

On m’appelle de plus en plus pendant tes congés pour savoir si je peux dépanner, car une vendeuse est malade, absente, etc… Plusde week-end du tout, des journées interminables, d’un ennui mortel (pas le droit de faire autre choseque s’occuper des clients, rappelez-vous, donc quand il n’y a pas de clients…). Parce qu’au-delà de tout ça, il y avait l’ennui. L’ennui, vous ne le savez pas, mais c’est un poison. L’ennui au boulot, c’est le risque de voir les heures s’étirer, s’étirer, sentir son cerveau s’éteindre, sa motivation tomber en berne, et la joie de vivre s’envoler. Des heures et des heures à répéter toujours et toujours la même phrase, à plier et replier toujours les mêmes tissus, à écouter le même CD imposé qui tourne en boucle.

Pour égayer un peu mon job, des fois j’utilisais mes petites connaissances d’étalagiste pour proposer des mises en avant de produits. Souvent la chef réseau adorait, trouvais que c’était une excellente idée, tellement qu’on le ferait dans toutes les boutiques ! Mais par contre, plus question de le faire, c’est les filles du « merchandising » qui passeront en boutique pour mettre ça en place et le changer régulièrement. Voilà. Ma minuscule étincelle de joie dans mon job m’est volée. Ma vie aussi, de plus en plus.

Je suis fatiguée, physiquement, mentalement, j’ai perdu 10 kilos en 6 mois. La dépression me guette, je ne mange plus, je suis plus de 10h par jour debout sans pouvoir m’assoir, à enchainer les génuflexions (les stocks sont à ras le sol…), sans compter les clients désagréables… J’ai mal partout, et je pleure tous les jours, je vais au travail à reculons et je vois de moins en moins mes proches. Je tiens à préciser qu’en un an, je n’ai JAMAIS manqué le travail, sauf une journée où je me suis retrouvée enfermée dans mon appart’ parce que mon copain s’était barré en Angleterre avec les clefs, cas de force majeure.

A cette époque, mon copain ne me reconnaît plus, il me dit qu’il ne me voit plus sourire le soir comme avant. Mais je suis coincée : qu’est-ce que je vais faire, si je quitte ce job ? En reprendre un autre, tout pareil? Je n’aurais pas droit au chômage, et je n’ai plus envie de faire vendeuse, je suis dégoutée pour le moment… Mais c’est le seul dans lequel j’ai de l’expérience. Je suis bloquée. Mais révoltée de voir de plus en plus d’injustices, de viols de la loi impunis, de remarques déplacées de la part des cadres et du patron, de contraintes de plus en plus injustifiables pour les vendeuses, d’horaires interminables, de pauses réduites, j’ai décidé de me barrer.

J’étais pas la seule, durant cette période, il y a eu des démissions en chaîne, des arrêts maladies en chaîne aussi parmi les vendeuses, et pas d’embauches bien sûr : le patron a fait travailler les responsables 10h par jour, parfois plus sans AUCUNE compensation, fait travailler des vendeuses au delà de la limite légale, mais la plupart sont étrangères, c’est pas grave, elles ne savent pas. Il a refusé des RTT, ou en a imposé les dates arbitrairement : à une collègue qu’on avait fait travailler plus de 40h dans la semaine et qui demandait un week-end pour voir un peu sa famille, on lui a imposé un mardi et un jeudi de congé, aux dates choisies arbitrairement, et qui n’arrangeaient pas du tout ma collègue puisque son mari travaillait ces jours-là. Mais pas le choix.).

J’ai fini ce contrat à la limite du burn out, et physiquement démolie. Je m’étais investie à fond dans ce boulot, personne n’a jamais eu à se plaindre de moi, et tout ça sans aucune reconnaissance, rien, à part le SMIC, sur un chèque, tous les mois. Je n’ai pas retravaillé depuis le mois de septembre, du moins pas comme vendeuse. J’ai mis 5 mois à reprendre un rythme alimentaire normal et mes kilos. J’ai encore du mal à me nourrir parfois. J’ai retrouvé l’énergie, la dépression n’a pas réussi à m’avoir cette fois-ci, je me suis sauvée à temps.

J’ai pas dit les ¾ de ce que j’ai à raconter sur mon expérience dans le monde du travail. Je n’ai que très peu abordé le sujet de l’argent. Il faut savoir que jusqu’à ma démission du supermarché, je roulais pas du tout sur l’or, mais je finissais le mois avec un découvert somme toute raisonnable, et je pouvais encore me faire plaisir de temps en temps avec une petite fringue, un bar, un resto, un concert, etc. J’ai mis deux mois à retrouver du boulot, deux mois sans salaires. J’ai entamé le mois de juillet avec un découvert de 500 euros. Je n’ai jamais réussi à le combler, en deux ans.

Chaque salaire comblait le découvert du mois précédent. J’ai commencé la plupart de mes mois à zéro après le loyer et les frais fixes payés. Je n’ai plus acheté de fringues, plus de concerts, peu de bars, très peu de restos, des tous petits plaisirs. Mon banquier a tout de même eu l’audace de me conseiller de mettre de l’argent de côté. La seule raison pour laquelle j’ai pu continuer à vivre à Bordeaux, où je suis née et où vivent tous mes amis et une partie de ma famille, c’est parce que mon copain est ingénieur, et qu’il gagne bien sa vie. Alors il assure pour deux en cas de coups durs,et paye la plupart des taxes, il m’a offert une semaine au Canada, quelques sorties, un peu de vie en somme ! Grâce à lui je vais bien, je ne manque de rien, je ne devrais pas me plaindre. Certains sont seuls à affronter cette situation…

J’ai fréquenté plus de 10 boîtes différentes à travers mes stages et mes jobs, et j’y ai vu et entendu des choses hallucinantes. Vraiment. Je n’ai plus envie de bosser pour des gens qui ne respectent pas leurs employés et ne leur accorde aucune valeur si ce n’est pécuniaire. On coûte de l’argent à l’employeur, c’est tout ce qu’il voit. Le fait qu’on le lui en rapporte lui échappe souvent cependant.

Pour ma part, ça va mieux, car dans tout ce désastre professionnel, j’ai eu de la chance d’avoir deux soutiens indéfectibles : mon copain, grâce à qui j’ai pu démissionner, et mon blog de BD, que j’ai ouvert un peu plus de deux ans, en plein dans ma période au supermarché. C’était un moyen de décompresser, d’exprimer la créativité qu’on me bridait au travail. J’ai appris à me servir d’une tablette graphique et de photoshop en autodidacte, y consacrant une moyenne de 15 à 20h par semaine (en plus de mon travail). Mon blog a commencé à un peu marcher, j’ai obtenu des contrats d’illustration. Je vis (très maigrement) de ça en ce moment. Ça paye peu, j’ai toujours pas un radis devant moi, mais je fais ce que j’aime, je fais quelque chose qui a du sens pour moi, et on me donne de l’argent pour ça. C’était un peu ça, le rêve de la gosse qui faisait ses premiers pas à l’école du Louvre. Mais pas du tout dans la voie prévue…

Mes diplômes ne me servent à rien. Du moins, sur le marché du travail. Parce que pour le reste… J’ai une bonne culture générale, j’ai appris à apprendre, à analyser, à synthétiser, j’ai une culture de l’image dans un monde où elle est omniprésente, je sais écrire, j’ai même rédigé une monographie de 165 pages. J’ai parfois des mails de personnes qui font des recherches sur ce sujet, c’est gratifiant. J’ai un esprit critique, et je connais la méthodologie de la recherche scientifique. Je parle français et anglais. Sans compter que je sais faire de l’animation commerciale, accueillir des clients et vendre en deux langues, et même faire la conversation sur des sujets pointus s’il le faut avec eux, je sais encaisser, faire une commande de réassort, gérer une boutique seule toute une journée, je sais gérer un rayon de prêt-à-porter un jour de soldes, j’ai des notions de merchandising, je sais mettre en place un podium mode dans les vitrines, habiller les mannequins, mettre en place une animation commerciale, créer des animations produits en rayon, je sais aussi être créative, dessiner, me servir d’une tablette graphique, de tout le pack office, de Photoshop, Illustrator et d’In design, je sais aussi gérer un blog, une page facebook, animer une communauté de près de 800 personnes. J’ai déjà bossé dans un train, dans des boutiques, dans un magazine, dans des musées, au fast food (paslongtemps, le fast food)…

Mais sur le marché du travail, je ne vaux rien, tout ça ne vaut rien. Ou vendeuse échelon 1. En 10 ans, je n’ai été payée que 4 mois au dessus du SMIC, c’était lors de mon tout premier job, à 18ans, à la SNCF. Il ne m’a jamais été proposé un salaire au-dessus depuis. Je pars au Canada dans deux mois. Je ne pars pas parce que l’herbe est plus verte là-bas. Je pars parce que j’ai envie de vivre mes rêves, parce que j’ai envie de voyages et d’aventures, et j’ai envie de me sentir libre, au moins quelques temps. Mais j’ai peur de ce que je vais trouver à mon retour…

En attendant on va se mobiliser, un autre système, plus équitable, est possible. C’est à nous de jouer..

5 thoughts on “Sur le marché du travail, je ne vaux rien

  1. Tout le meilleur pour le Canada. Non, l’herbe n’est pas plus verte là-bas mais ils savent par contre reconnaître les talents, le courage et l’humilité d’une personne. Donc, j’ai beaucoup d’espoir pour vous 🙂

  2. Bonjour Marie,
    Oui oui, partez au Canada, c’est la meilleure chose à faire. Et surtout prenez soin de vous, manger, dormez, prenez le temps de reprendre confiance en vous et de faire des choses qui vous fait plaisir. J’ai lu toute votre histoire, il y a des points communs avec la mienne: du potentiel, des competences…y a tout ce qu’il faut…
    J’ai fait un burn out il y a 1 an et 3 mois apres 2 ans d’animation commerciale en interim ( faute de mieux)pour des marques de luxe bien que comme ous j’ai beaucoup d’autres competences : j’ai reconnu les conditions de travail que vous decrivez, et l’ENNUI c’est absolument terrible. Mon burn out m a valu 3 semaines 3 semaines d’hospitalisation et 1 an d arret maladie…(Et là je suis sans emploi au Rsa)
    Prenez le temps de vivre avant de retravailler.

  3. Courage.
    Tu as fait l’erreur de prévenir ta chef que tu partirais au Canada… Quand on veut s’en aller, on ne prévient pas. On part vite et bien, on conserve ainsi l’effet de surprise garanti. Sinon bien évidemment tu passes sous surveillance… Je me souviens encore de l’époque où je filais en entretien entre midi et deux, et changeais de tenue dans ma voiture pour ne pas me faire remarquer …
    Bon voyage 🙂

  4. Bonjour et merci pour ton témoignage. Je t’écris car tu as éveillé ma curiosité et j’aimerais bien lire ton blog BD.
    Courage et bon voyage. Tu vaux mieux que ça.

  5. Tout le monde a des capacités, du potentiel, du courage, de l’envie et de l’espoir… J’en suis persuadé. C’est le système néolibéral et industriel qui détruit tout. Et cela ne concerne pas que les « petits jobs ».

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