Semaines de 50h, travail à la chaîne et blessures

Après trois ans de chômage, j’ai décidé de prostituer mes compétences, car je n’en pouvais plus de vivre aux crochets de mon compagnon. J’ai fais des études, j’ai fait un prêt pour pouvoir faire ces études et on ne me prend pas dans ma branche, car on préfère prendre des personnes plus diplômés que moi pour les payer avec mon salaire. Sauf que j’ai toujours ce prêt à payer. Alors je me suis engagée dans une boite d’intérim dans l’aéronautique, alors que ce n’est absolument pas ma branche. Je suis allée à un entretien d’embauche un matin pour faire du câblage (pour rappel mes études disent que je suis technicienne de laboratoire dans l’agroalimentaire, le médical et le paramédical).

Arrivé à l’entretien la dame me dit « vous l’avez votre diplôme ? », oui mais pas sur moi. Elle me répond « ça ne va pas être possible, nous cherchons des personnes niveau BEP, mais puisque vous avez fait le déplacement nous pouvons discuter. » Foutue pour foutue, je fais l’entretien. Finalement elle m’embauche en contrat intérimaire.

Pendant plusieurs mois j’ai fais des semaines de plus de 50h, ce qui est illégal, ma chef trafiquait ma fiche d’heure pour que sa ne se voie pas. J’embauchais à 3h45 le matin et je sortais à 15h45 le soir avec deux poses de 5min chronométrées dans la journée et une de 30min pour manger. Pendant dix heures par jours mon travail consisté à mettre des câbles dans des gaines avec un revêtement spécial qui nous attaquait la peau des mains puis à faire un certain nombre de nœuds avec une ficelle en fibre de verre afin que les câbles ne quittent pas la gaine. La ficelle nous déchiré la peau même à travers les gants. Je mettais des bandes strape sur mes doigts pour essayer de limiter les dégâts mais tous les soirs nous avions les mains en sang dans notre petit atelier de cinq personnes, mais l’ambiance était bon enfant, ça aidé. Avant on utilisait des anneaux en plastique serrés par un pistolet, mais ils ont décidé de faire des économies et la ficelle en fibre de verre coûte moins cher semblerait-il?

Puis le climat s’est dégradé, on a commencé à nous dire de travailler plus vite, toujours plus vite. On nous a conseillé de prendre des écouteurs pour écouter la musique et éviter toutes interactions avec les collègues. C’est aller jusqu’à une interdiction de lever la tête de notre table de travail.

Petit à petit j’ai développé une tendinite fléchisseurs et pouce de la main droite. J’ai pris trois jours pour me remettre. Mais une telle tendinite met bien plus longtemps alors avec les conseils de mon médecin je suis retournée travailler avec une attelle. Une semaine plus tard j’avais exactement la même chose à la main gauche. Je passe sur les réflexions et humiliations de la semaine sur mon travail et mon manque de « concentration ». Je me suis mise en accident du travail, qui a été refusé.

J’ai passé 5 mois avec une attelle à chaque main, à ne rien pourvoir faire et avec les douleurs. Avec des traitements de plus en plus lourd qui ne visaient même pas à me soigner mais seulement à soulager la douleur. Cinq mois où tous les jours l’idée de l’amputation me faisait sourire en me disant au moins je n’aurais plus mal. Un médecin du travail m’a suivie et à confirmé que mon mal venait de mon travail, mais s’était trop tard. Les tendons étaient tellement enflammés qu’on pouvait le voir sur les radios.

Pendant trois mois je n’ai reçu d’argent ni de la CPAM, ni de pôle emploi (car oui, faut-il le préciser, mon contrat n’a pas été renouvelé, j’étais de nouveau au chômage). Trois mois d’angoisses et de dépression. J’étais victime des mauvaises conditions de travail et c’est moi qui passait pour malhonnête, c’est moi qu’on accusait de vouloir profiter du système.

Sur les cinq personnes de l’atelier où j’étais trois on était victimes d’accident du travail (refusé comme moi) et deux ont fait une dépression nerveuse.

J’ai fait ce travail alimentaire pour pouvoir me payer de nouvelles études, j’avais mis de l’argent de côté pour ça, et au final je n’avais plus rien de côté et en plus je ne pouvais plus travailler. Aujourd’hui, je n’ai plus le droit, médicalement, de faire un travail à la chaîne ou manuel et répétitif, sinon les tendinites reviendront.

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