Ma sœur fait le métier de ses rêves… et se tue à la tâche

Je ne vais pas parler de moi, parce que je n’ai pas à me plaindre. En thèse dans le public, rien de spécial de mon côté. Par contre, j’ai envie de vous parler de ma soeur, parce que je ne pense pas que vous ayez reçu beaucoup de témoignages de ce type…

Ma sœur est styliste de mode. Après avoir fait quelques stages généreusement gratifiés (les fameux 430 et quelques euros par mois) pendant et après ses études, elle s’est mise en recherche d’emploi. Ses compétences louées au cours de ses études et de ses différentes expériences ont fait d’elle une personne chanceuse, puisqu’elle n’a eu que quelques mois de chômage (enfin, de non-emploi hein, elle ne touchait rien) avant de trouver son premier boulot.

Elle est donc, depuis le 1er septembre, en CDD dans une petite équipe de stylistes qui travaille pour une marque peu connue. Elle a donc, avec beaucoup de fierté, signé ce contrat avec promesse de CDI si son travail est satisfaisant, avec à la clé 1600 euros net par mois. Et puis elle a assez vite déchanté. Oui, son travail lui plait, il est intéressant, et beaucoup rêveraient d’être à sa place (à commencer par sa colocataire, ayant fait le même parcours, mais toujours au chômage).

Pourtant, lorsque j’ai vu ma sœur hier, pour la première fois depuis qu’elle a commencé, elle était pâle et très fatiguée. Voici pourquoi :

  • Les fameuses 35h, elle n’en a jamais entendu parler. Une journée de travail classique pour elle, c’est 9h30 – 21h, ce qui fait un peu moins de 60h par semaine.
  • Les heures supplémentaires ne sont pas payées, et ne sont pas rattrapées.
  • Environ une semaine sur deux n’est pas une semaine classique, et il n’est pas rare qu’elle rentre chez elle à 3h du matin. J’ai calculé, elle a travaillé 126h cette semaine.
  • Les week-ends sont une notion qu’elle a oublié, puisqu’elle travaille de plus en plus souvent 7 jours par semaine. Son entreprise l’autorise à récupérer les jours de week-end travaillés, quand même. Ils ont un cœur gros comme ça.
  • Les repas sont des sandwichs ou autres « à emporter », pour pouvoir continuer de travailler pendant les heures de repas. Payés de la poche des employé(e)s.

Ma sœur est une bosseuse impressionnante, depuis toujours. Elle n’a jamais baissé les bras, n’a jamais rechigné à la tâche, et ce depuis qu’elle va à l’école. Elle est un exemple pour ceux qui l’entourent. Elle est celle que nos amis ministres et députés prendraient en exemple pour montrer à tous ces « feignants de gauchistes » comment un « vrai français » doit se comporter pour aider son pays. Et pourtant, elle est à deux doigts de laisser tomber.

Ce travail la tue, elle n’a plus un soupçon de vie privée. Alors bien sûr, pour elle, cette loi ne changera rien, parce que ses employeurs bafouent déjà toutes les lois du travail chaque jour. Mais si ça peut donner une idée de ce à quoi ressembleront nos vies si ce genre de loi passe un jour, vous pouvez utiliser ce témoignage…

3 thoughts on “Ma sœur fait le métier de ses rêves… et se tue à la tâche

  1. Si son secteur est difficile, il faut qu’elle essaie d’acquérir de l’expérience (quite à se sacrifier un peu les premiers temps, sans y laisser sa santé toutefois), pour trouver par la suite un job similaire mais pas dans une boite comme celle là.

  2. Non, il faudrait que leur envoyer l’inspection du travail, enseigner le code du travail dans les écoles, ce qui éviterait que les gens acceptent ce genre de situation. Et surtout, s’ils embauchaient ça ne serait pas la même.
    Non, il y en a MARRE que sous prétexte d’acquérir de « l’expérience » on saigne les gens!

  3. Salut!
    Respect à ta soeur… Si seulement elle avait un nom, a 126 heures de boulot aux deux semaines elle serait milliardaire dans sa branche… Même Elon Musk bosse pas autant! Pour autant, je crois qu’il y a jurisprudence de ce coté là, c’est totalement illégal… Peut-être que le meilleur coup à jouer serait d’attendre d’être prise en CDI pour les porter aux Prud’hommes, mais j’pense qu’elle peut l’oublier. Sans vouloir être fataliste, ça se sent à plein nez. Pousse la à faire raquer ces entreprises du textile qui visiblement n’ont même plus besoin de délocaliser dans un pays du tier-monde pour exploiter des employés! Par pitié, que ça fasse la une des journaux, au moins les plus dissidents…

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