Je tombe enceinte et c’est vu comme une trahison

Après un parcours scolaire en mode « meilleure élève de la classe », super passionnée par les cours, obéissance, une prépa, je débarque dans une grande école de commerce très réputée, et là je ne comprends déjà plus… Le but : faire du fric ? Pour quoi faire? Faire du fric. Et les gens ? Rien à faire. L’environnement ? Rien à faire. Je n’ai pas réussi à rentrer dans le moule, et ce mode de fonctionnement, cette vision ne me convenait pas, me choquait même.

Puis la crise. J’étais intérim, on m’a virée du jour au lendemain sans merci, sans prime bien sûr. Heureusement, j’ai eu le grand privilège d’avoir droit aux allocations chômage, et au bout de mes droits, je trouve un boulot dans une multinationale japonaise: inespéré ! Une boîte qui fabrique du matériel audio, pour un job dans le marketing, en lien avec les artistes. Le rêve? Ma chef est antipathique à souhait, parano, ne me fait pas confiance, je finis à 22h tous les soirs car je remplace quelqu’un à la va-vite. Ces heures ne me seront jamais payées.

Et puis je subis cette pression pendant 2 ans jusqu’au jour où je tombe enceinte, et là, c’est vu comme une trahison. Déjà que je n’évoluais pas beaucoup, mais là c’est le coup de frein. Ma chef, qui « n’aime pas les enfants parce que c’est bête » -texto- me fait comprendre que je l’ai déçue car ma fille est devenue plus importante que mon boulot. Eczéma, stress, amaigrissement…

Je tente de trouver une solution. J’ai peur de me retrouver sur le « marché de l’emploi » (hé oui de redevenir une « marchandise » à vendre), mais mon corps parle…. Et mon boulot me pompe mon énergie, ma joie de vivre. Je commence à avoir des envies de meurtre, ma chef est odieuse, et c’est de plus en plus insidieux. Elle me dit qu’il faut que j’aille voir un psy car je ne me sens pas bien d’avoir laissé ma fille à une nounou à mon retour de congé parental. Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.

Après avoir frôlé de burn out, que j’ai évité grâce à mon mari, mes amis, et un stage de méditation pleine conscience, j’ai tout plaqué et ai réussi à négocier mon départ. Je compte parmi les « honteux chômeurs » que compte la France. Hé oui, mais je suis aussi bénévole et je fais des ateliers dans les écoles, de la maternelle au lycée. Je prépare le CAPES et je compte écrire un livre sur la souffrance au travail.

3 thoughts on “Je tombe enceinte et c’est vu comme une trahison

  1. Ha oui, le coup de la «  »trahison » »… Sérieusement les employeurs ne se rendent pas compte ? Dans quel monde vivent-ils ?

    J’ai été virée comme une malpropre de mon boulot saisonner suite à un accident de travail. On ne m’avait pas livré le matériel, du coup j’avais dû gérer une livraison de 2 tonnes de livres scolaires, bien empaqueté dans de nombreux cartons, dans une salle isolée sans une paire de ciseau ou tout objet plus tranchant que mon trousseau de clé. A force d’arracher du scotch, je m’étais blessée le dos et donc, accident. L’hôpital m’arrête 15 jours. Lorsque je porte mon arrêt, mal en point et boitant, j’ai été humiliée devant toutes mes collègues qui n’ont pas bronché une seconde. Nous étions des jeunes entre 18 et 25 ans, dont la plupart faisaient leurs premiers contrats, donc de jeunes personnes facilement influençables.
    D’après ma cheffe, c’était « un véritable coup de couteau dans le dos » « une honte, un scandale pour gratter des vacances et finir mon contrat plus tôt » et j’en passe. L’établissement dans lequel je m’étais occupé de la livraison a intercepté tous les témoignages écrits des gens qui m’avaient vu blessée, prétextant que si je poursuivais ma boite aux prudhommes, ils ne pourraient plus être leur client, quelque chose du genre. J’étais tellement meurtrie que je n’ai pas fait de poursuites, je le regrette aujourd’hui

    Dans quel monde vivent ces gens pour croire que la santé, voir le bien être de leurs employés passent après le travail ? Comment peut-on humilier quelqu’un à cause d’un changement de condition physique indépendant de sa volonté ? C’est une honte. On vaut mieux que ça

  2. « Faire du fric pour faire du fric » : Je comprends pourquoi j’ai toujours trouvé les gens d’école de commerce arrogants…
    Autre sujet : une constante dans les témoignages, les auteurs font confiance à leurs collègues. L’expérience m’a appris que vous vous trompez, vos collègues sont des collègues … de travail, ce ne sont pas vos amis. On l’apprend souvent à ses dépens dans les situations difficiles…

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