Infirmière bientôt à la retraite, j’ai fait un burn-out

Bonjour, je suis infirmière depuis les années 80 autant dire un bail, et depuis 15 ans en EHPAD. Avoir de l’empathie tout en restant professionnelle,  à sa place est un challenge pas toujours aisé, mais  prendre du recul est nécessaire pour continuer et se protéger.

En 2014, j’ai fait un burn-out, et aujourd’hui si je vais mieux cette expérience reste un sentiment d’échec car je n’étais pas, malgré mon ancienneté dans la profession, armée pour dire NON, NON aux injonctions contradictoires de ma hiérarchie (cadre, médecin, direction),  non à la pression des familles de plus en plus exigeantes, non à la pression sociale (notre choix de devenir soignant serait l’équivalent d’un sacerdoce).

MERDE !  Nous sommes des êtres humain faits de chair et de sang et nous ne somme pas carmélites,  nous avons une vie privée,  des émotions, des failles, et en plus nous ne manipulons pas de boîtes de conserves : »je te pose et te reprend plus tard » mais des résidents âgés.

NON !! Pourquoi l’adjointe du directeur peut-elle accrocher à la porte de son bureau ne pas déranger  » alors que nous soignants sommes sollicités sans arrêt par tout un tas d’intervenants et devons arrêter notre soin,  ou activité en cours, en permanence pour répondre à leur attente qui est « forcément urgente à la minute » ? Pourquoi une soignante est-elle censée devoir remplir toute une série de dossiers,  protocoles,  papiers administratifs, et j’en passe plutôt qu’être près du patient, prendre le temps de l’écouter, de l’aider, de l’informer, de le soigner ?

Toutes ces questions nous les avons souvent posées mais nos responsables  nous répondent que ÇA FAIT PARTI DE NOTRE TRAVAIL ! Tu penses ! C’est plus facile que d’embaucher une secrétaire médicale, une standardiste, que pour la direction et la cadre de travailler les weekends, alors que l’établissement (plus de 100 résidents quand même) lui, fonctionne 24h/24 et 7 jours sur 7 avec les seules infirmières, 1 le matin et 1 l’après midi, aucune la nuit ). Comme responsable du vendredi soir au lundi matin : pour gérer les hospitalisations, parfois les fugues, l’accueil  des famille, les appels au 15 si urgence, les décès et le fameux TELEPHONE qui sonne NON STOP, tout en essayant au mieux d’exercer sa fonction première si elle le peut qui est d’être une soignante.

Je suis à 3 ans de la retraite,  je n’en peux plus ni physiquement, ni moralement. Voilà pour mon témoignage qui est très  pessimiste mais réel. Que nous réserve l’avenir en terme de soin ? J’espère que la conscience collective fera avancer les dans le bon sens. Il faut se réveiller, dire STOP, ce n’est pas les urnes qui feront bouger les lignes, j’y  est cru, ma désillusion est immense. Courage  à tous.

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