On me prenait en stage pour faire le boulot d’un cadre

La fois où on a refusé de me financer des livres en langue arabe parce que « l’arabe, ça pose problème »

Les fois où on m’a ouvertement dit qu’on me prenait en stage pour faire le boulot d’un cadre.

La fois où, à trois stagiaires, on gérait toute la boîte à la place du patron, au point qu’il pouvait s’absenter des jours entiers sans qu’on s’en aperçoive. Au point où j’ai dû lui expliquer la compta, les contrats, et le système commercial mis en place dans sa propre boîte.

La fois où, pour une indemnisation de stage, j’ai dû bosser le soir jusqu’à minuit, week-end, jour férié, et cumuler les jobs de chargée de production, commerciale, chargée de communication, metteuse en scène et couturière.

La fois où une stagiaire débutant a fait une erreur, que le patron a décidé que j’en étais responsable, et qu’il m’a insulté, hurlé dessus, et humilié devant témoins pendant une matinée. Cette même fois où j’ai pleuré pendant 45 minute dans le métro en rentrant chez moi.

La fois où ce patron se vantait de faire pleurer toutes ses stagiaires.

Les nombreuses blagues, comportements, et remarques sexistes que ce patron faisait toute la journée.

Les fois où les clients ont estimés qu’il avait le droit de m’insulter et de me crier dessus parce qu’il y avait un problème dans leurs commandes.

La fois où m’a mise dans un bureau à l’écart, donner un dossier inutile (un faux dossier, en somme), et plus parler pendant 4 mois, car les employés n’approuvaient pas le fait qu’on m’ait prise comme stagiaire.

Les regards libidineux, les 40 hommes présents qui me suivent du regard, et les remarques plus ou moins insultantes, parce que j’ai mis une jupe, et que je bosse dans un milieu d’homme.

50% des réponses à mon book de modèle photo pro : des propositions de prostitution ou porno.

Quand je commence à regarder les annonces des sites d’escorting, parce que je vois pas avec quoi payer le loyer ce mois-ci.

Quand je sais que la personne qui était sur mon poste avant est partie en dépression, que je vois trois de mes collègues faire pareil pendant mon contrat, et quand je suis si épuisée que je sens mon tour arriver.

Pleurer de façon incontrôlable, plusieurs soirs de suite, en sortant du travail, sans comprendre pourquoi.
Rentrer parfois le midi, pendant les deux heures de pause, pour dormir 1h30, épuisée par la pression. Se coucher certains soirs à 18h30/19h.

Voir une amie sauter de joie parce qu’on lui a proposé un contrat de…deux jours. Mais c’est dans son domaine. Et c’est payé.

Je me faire agresser sur mon lieu de travail. La jeune femme que j’encadre en service civique se fait agresser sur ce même lieu. Pas de réaction de la direction. Je refuse que moi, ou quelqu’un de mon équipe, vienne travailler sur les créneaux les plus dangereux. Pas de réaction : la direction nous suit si peu qu’elle ne s’aperçoit pas de cette absence.

Suite à cette série d’agressions, croiser le chef de la sécurité qui m’annonce très sérieusement qu’il compte utiliser l’une de nous comme appât pour repérer les fauteurs de trouble.

M’entendre dire que je me la coule douce, parce que je prend des congés pendant l’été.

Ma mère qui m’empêche de prendre ma voiture pour rentrer à mon logement près de mon travail (4h de route), le dimanche soir, car je suis si épuisée qu’elle craint que j’ai un accident.

Partir de mon premier boulot à 17h, pour enchainer avec le second jusqu’à 20h30.

3 thoughts on “On me prenait en stage pour faire le boulot d’un cadre

  1. La fois où, serveuse dans un café un client m’a mis la main aux fesses et où il s’est pris la mienne sur sa joue « Dis donc c’est pas très poli ce que tu viens de faire, tu sais que c’est grâce à moi que tu gagnes ta vie ? » C’était il y a 20 ans, je ressens encore la brûlure de l’injustice : ma patronne ne m’a pas défendu . . .

  2. Les droits se gagnent. Au carrefour, la prioritè il faut la prendre: avec precaution, mais des fois il faut la prendre.
    Il faut AU MOIN faire mine de la vouloir prendre. Et, avant que tous soit perdu, jouer sa dernier carte: syndicat, police, justice, …
    Chi si fa pecora, il lupo se lo mangia.

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