Il n’est jamais allé travaillé, il n’est jamais rentré. TW Suicide

Ce n’était pas le première boulot de mon père. Il avait commencé chez un constructeur automobile, mais ça ne lui plaisait pas. Alors il a fait une formation en électro-technique (équivalent Bac+2/3) pour se retrouver à bosser sur Strasbourg en tant que technicien en SAV. Son boulot consistant à réparer de l’électroménager chez les particuliers, un lave-vaisselle, un micro-onde, un frigo. Après plusieurs années, il a voulu revenir dans le Sud, il s’est marié avec ma mère, ils ont eu deux enfants, ma soeur et moi. Tout se passait bien. Il bossait en équipe, faisait un peu de route, mais son boulot lui plaisait. Un jour, il a eu l’occasion de grimper les échelons, à l’ouverture d’une agence dans la ville voisine. Il est alors devenu responsable d’une équipe de 5 ou 6 techniciens, deux secrétaires, suffisamment pour gérer le « Sud Est ». Les salaires ont augmentés, les avantages aussi. Mais on ne lui a jamais reconnu le statut de « cadre ». Mais bon, on pouvait utiliser la voiture de fonction un peu plus que prévu et il aimait son boulot, alors ça allait.

La boîte a été rachetée, une fois, deux fois, mais c’est pas grave, son poste n’était pas en danger, alors ça allait. Et puis la voiture de fonction nous permettait de partir en vacances, y’avait des avantages avec le CE, des voyages à Strasbourg. Beaucoup de voyages à Strasbourg, pour des réunions au siège.

Sauf qu’un jour, la boîte a décidé de fermer l’agence. Mais le poste de mon père n’était pas en danger, il serait toujours responsable, ses techniciens seraient plus souvent sur la route, les secrétaires seraient regroupés sur une même plateforme à Strasbourg. Celles de son agence ont préféré partir à la retraite, alors ce n’était pas grave. Lui s’est retrouvé à louer un boulot dans un complexe pas très loin. Du coup, il était souvent seul la journée. Mais bon il a avait toujours son boulot, alors ça allait.

Il avait de plus en plus de responsabilités, faut dire qu’il aimait son boulot, alors il travaillait bien. Il a été chargé de superviser la mise en place d’un nouveau logiciel, qui plus tard, lui permettrai de faciliter son boulot et celui des autres responsables. Il s’est mis à bosser en rentrant le soir à la maison, les week-ends. Mais il aimait son boulot. Il allait à Strasbourg de plus en plus souvent, à cause du nouveau logiciel, pour les formations etc. Il bossait toujours plus. Il allait bosser seul dans un bureau tous les jours, continuait le soir en rentrant. Un jour, mes parents ont dit à ma soeur et moi, que mon père faisait une dépression. Mais que ce n’était pas grave, il allait voir un docteur, il avait des médicaments, il allait garder son travail. Mais ça n’allait plus. Il ne l’aimait plus. Il a été mis en arrêt une première fois au moi de janvier. Et puis une seconde fois après les vacances d’été en septembre. Il a repris le travail plus tôt que prévu, une semaine plus tôt exactement, parce qu’il y avait une réunion importante à Strasbourg. La semaine d’après, il retournait travailler dans son bureau seul. Le lundi matin, il a déposé ma soeur et moi au collège et au lycée, respectivement.

Il n’est jamais allé travaillé, il n’est jamais rentré. On l’a retrouvé pendu le samedi matin.
Depuis, deux personnes ont été nécessaires pour le remplacer dans sa boîte.
C’était il y a 4 ans et je tiens toujours cette dernière responsable de la dépression et de la mort de mon père.

4 thoughts on “Il n’est jamais allé travaillé, il n’est jamais rentré. TW Suicide

  1. Bonjour,
    je compatis.

    J’ai eut une situation similaire, mais le pire n’est pas arrivé. Aujourd’hui après 7 ans de dépression mon père est enfin guéri.
    Pour lui c’était la fonction public, il était responsable du patrimoine au niveau de la région. Il travaillé enormement, le week-end aussi. Il bossait tout le temps. J’avais 11 ans à l’époque, je n’ai pas de souvenir précis de ce moment. Mais il a essayé de se tuer, et a raté. Après il a fait de nombreux séjour à l’hopital psychatrique. Avec sa maladie, il ne comprenait pas ce que ressentait les autres… ce fut une période compliquée. J’ai du plusieurs fois m’occuper de lui et l’amener à l’hopital en bus. Je crois que c’est une des choses qui m’a le plus mis en colère, c’est de devoir le tenir et le rassurer. C’est vraiment douloureux à faire quand vous êtes ados, de s’occuper d’un parent dans cet état. Il subissait du harcelement, n’avait pas l’augmentation de salaire promis depuis plusieurs années, travaillait tout le temps…

    Le miracle c’est accompli le jour où il a reçu le papier qui lui certifié qu’il ne travaillerai plus jamais. Il est alors redevenu lui-même. C’était presque un inconnu pour moi.

    Je suis triste pour toi. Réellement en colère aussi. La rage contre le chef de mon père est toujours là. Alors je comprends un peu.

    Courage…

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