Architectes en galère

Nous avons entre 26 et 35 ans et sommes tous architectes diplômés. Alice a déjà passé 5 mois sans contrat de travail, elle l’a signé un mois avant de partir son CDD de 6 mois.Une agence a déjà déchiré 3 fois les CDD d’Antoine pour les prolonger. Stéphane a travaillé en freelance fixe à temps plein en promettant un an « d’engagement moral ». Maxime est auto-entrepreneur. Son salaire est très bas, au SMIC, car ses patrons lui ont conseillé de demander l’ACCRE et l’ARCE pour arrondir ses fins de mois. Louise a du accepter un stage. Elle a 28 ans et est diplômée depuis 2 ans. Mathieu a enchaîné 4 agences en un an pour des contrats courts de CDD. Ce sont des concours, c’est la charrette. Il ne dort pas. Il dort entre. Manon a elle-même écrit un contrat de collaboration libérale pour pouvoir se protéger dans son statut de freelance avec son agence car dans notre métier, des questions de responsabilités se posent.

Nous avons entre 26 et 35 ans, nous sommes jeunes et sûrement débutants, nous sommes stagiaires, en freelance, en CDD renouvelés… mais nous sommes les chefs de projet des bâtiments que vous voyez sortir de terre car nous ne sommes pas chers. Nous travaillons tous régulièrement nuits et week-ends parfois pour des « récup » parfois pour rien. Nous sommes pour beaucoup dans un statut semi-libéral qui ne nous donne pas le droit au chômage et limite nos droits à la sécurité sociale ainsi qu’à la retraite. Nous n’avons pas de prime de précarité et aucune garanties de garder nos emplois. Nous sommes de même taxés foncièrement sur nos « lieux de travail » qui sont déclarés être nos appartements. Nous avons du mal à trouver où nous loger en location car nous n’avons pas de contrats de travail. Nous mentons sur nos dossiers mais n’avons pas accès aux prêts. Nous ne pouvons acheter. Nous ne sommes pas une génération à plaindre… mais nous n’avons pas la vie facile. C’est dommage, on aime notre métier.

2 thoughts on “Architectes en galère

  1. mon père est architecte, je l’ai vu bosser comme un malade toute sa vie. Il avait son bureau à la maison et il était quand même absent, si près mais si loin à la fois.
    mon père n’a jamais pu acheter car trop d’insécurité pour les banques, c’est ma mère qui a toujours tout payé…
    Mon père a demandé ma mère en mariage plusieurs fois, mais à cause de son statut et pour nous (mon frère et moi) protéger en cas de faillite, elle a toujours refusé, il l’a toujours compris.
    Mon père a 67 ans et vient juste de toucher sa première retraite… 600 euros…
    Mon père continuera à travailler jusqu’à la fin de ses jours car 600 ça ne suffit pas… et parce qu’il aime son métier, passionnément.
    Mon père ne profite pas de ses petits-enfants car quand ils viennent pendant les vacances, lui il travaille, encore et encore.
    Bref mon père est architecte.

  2. Évidemment, le constat est amer… je plains cette nouvelle génération d’architecte au rabais à qui les écoles d’architecture ont imposé des études dont le niveau s’est totalement effondré en moins de 10 ans. l’apprentissage du métier ne s’effectue pas dans des écoles sans cours de construction, de statique, de résistance des matériaux, de géométrie descriptive, d’histoire de l’architecture, de mathématique et de culture générale. « Faire » ou « produire » quelque chose, pour tout intéressant que ce soir, n’est pas forcément savoir répondre à une question, et se faire publier n’est pas synonyme de talent architectural.
    le processus de fabrication de l’architecte est long et complexe; déconnecter de manière schizophrénique le métier de l’enseignement de l’architecture fabrique des diplômés qui ne peuvent répondre aux exigences d’un employeur. Pour travailler de manière efficace dans une agence, il faut savoir dessiner élaborer et dessiner un plan, le coter et maîtrise le dessin technique, savoir calculer un tableau de surface, viser un plan béton ou un réseau de chauffage…. l’architecture est l’art de savoir construire et nos client attendent cette science des architectes…
    Courage, je ne connais aucun architecte de talent qui, avec un minimum de travail et de persévérance, ne réussit pas à vivre correctement de sa production…!
    Pour ce qui est des pratiques sociales honteuses décrites ci dessus… sans commentaire!

Laisser un commentaire