« Votre micro-crédit vous a-t-il poussé(e) au suicide ou rendu heureux ? »

Boulot étudiant, il y a quelques années, je suis télé-enquêtrice, dans une plateforme en open space où un manager nous surveille en passant derrière nous, et un autre en nous mettant sur écoute depuis un bureau. On nous briefe sur la prochaine mission, une enquête à propos des micro-crédits, commandée par une banque qui en propose. Le chargé de mission lit les questions qu’on va devoir poser aux inconnus au bout du fil. L’une d’elle, innocemment : « Comment définiriez-vous votre état avant/après avoir contracté un micro-crédit », et les réponses : « Heureux / Angoissé / Suicidaire… » J’explique que je suis mal à l’aise avec le fait de demander à quelqu’un que je ne connais pas s’il se définirait comme suicidaire. On me reproche vertement de sombrer dans le sentimentalisme.

 

Juste après, le chargé de projet précise que nous devons faire attention à notre vocabulaire, à ne pas parler de manière trop « intello », parce que les gens qui sont concernés par cette enquête, bon, ben on le sait, ils sont pas très « fut-fut », et qu’il faut « s’abaisser » jusqu’à eux. Je réponds que j’ai moi-même envisagé de contracter un micro-crédit, et lui demande s’il considère devoir prendre des précautions linguistiques pour s’adresser à moi, et si je fais partie du public « pas fut-fut » en question. Lui et mon chef me répondent que si cette étude me déplaît, je ne suis pas obligée de rester. Silence gêné parmi mes collègues. Je me lève, je m’en vais, et ne reviens plus jamais. 

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