Déserter le marché du travail

Mon témoignage n’en est pas vraiment un puisque je n’ai jamais fait l’expérience réelle du travail, en dehors de quelques stages et du bénévolat. Pour être franc, à l’époque du lycée mon cas (trop) particulier a pu bénéficier du choix de ne pas travailler. Tous les jeunes anarcho-gauchistes de 18 ans rêvent sans doute d’avoir ce choix. De fait ma légitimité à m’exprimer sur le sujet peut être remise en cause j’en conviens, mais j’ai toujours refusé ce monde-là, celui de l’asservissement, de l’aliénation comme nous l’apprenaient Jean-Paul Sartre, Karl Marx, Franz Kafka ou George Orwell en cursus littéraire, ou encore Philip K. Dick, de manière plus dense et alambiquée, mais lui n’était pas prévu au programme scolaire (tout comme un paquet d’auteurs anars tels que Proudhon ou Bakounine).
Aujourd’hui je vais devoir me plier aux règles du travail comme tout le monde, mais j’aurais sans doute succombé à la carotte du chèque mensuel à l’époque si je n’avais pas eu conscience de ce que représentait le travail, et de ce que ça pouvait impliquer comme conséquences et sacrifices, aussi bien psychologiques que physiques. La pression sociale exponentielle visant à culpabiliser les chômeurs ou « les assistés » n’a d’ailleurs fait qu’aggraver mon point de vue sur la question au fil des ans. Mon point de vue d’observateur, ou de spectateur si vous voulez, celui de quelqu’un qui n’a pas vraiment pratiqué mais qui se sent paradoxalement, profondément concerné. Je précise toutefois que je vis aujourd’hui principalement du RSA, considéré comme une sorte de rémunération pour mon travail d’écriture bénévole, un « taf » que je n’apprécierais pas sacrifier pour un autre effectué par défaut dans un bureau préfabriqué avec des collègues que je conchie profondément (bien qu’il y ait toujours des exceptions, ou pas). Comme certain-e-s sont allergiques au pollen ou à la poussière, moi c’est le travail. Le travail dans le sens « labeur » du terme, le travail capitaliste, uniformisant, déshumanisant, celui qui régit notre société et provoque notre impuissance.
Je suis finalement un témoin oculaire et auditif parmi tant d’autres, témoins générationnels d’une société malade, au bord du gouffre, d’un pouvoir financier globalisé dont on commence à connaître les failles (les crevasses ?) et rouages par cœur. La réforme du code du travail est une raison de plus d’en finir avec cette machinerie abjecte, éliminant les avancées sociales à un rythme de plus en plus soutenu. On vaut mieux que ça, chacun-e doit pouvoir s’épanouir, exprimer idéalement son talent individuel au service du collectif, du bien commun, sans pression sociale liée au « monde du travail ». Le moment venu nous serons prêts à affronter l’inévitable effondrement du modèle capitaliste/libéral, et instaurer de nouvelles règles qui épouseront celles de la nature, un retour aux sources bienvenu, au mieux sans être contraints de plonger préalablement le monde dans le chaos. Ça serait cool.

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