Perte de sens dans la fonction publique

“Je rapporte ici simplement mon témoignage.

J’ai 23 ans, jeune diplômé de sciences humaines l’année dernière (Bac + 4). J’ai toujours travaillé à côté de mes études, durant l’année scolaire et pendant les vacances. J’ai eu quand même la chance d’avoir des parents qui pouvaient assurer un minimum financièrement, mais pour avoir ma totale indépendance, j’ai pas eu le choix, me trouvant à la limite des conditions pour bénéficier des aides du CROUS. Je me suis lancé dans un concours de la Fonction Publique (par mesure de discrétion, je ne parlerais pas de l’établissement où je travaille …), que j’ai obtenu.

Je me suis retrouvé parachuté à Paris, à 700 km de chez moi, seul. Le boulot s’est révélé totalement inintéressant. Pire, il s’est trouvé ultra-hiérarchisé, dans son jardon administratif, dans l’organisation du travail, dans l’organisation physique des bureaux et de l’établissement. Je me suis retrouvé avec des supérieurs hiérarchiques moins diplômés que moi, et qui ne souhaitaient pas faire certaines tâches parce qu’elles ne s’inscrivaient pas dans leur missions de travail, déléguant ainsi aux agents de catégorie C, dont je fais partie. J‘ai accepté ce boulot parce que je sais que le chantage à l’emploi est permanent actuellement. Mais il m’a fait perdre mon sommeil. C’est le vide total, la perte de sens absolu. Les perspectives d’évolution sont plus que restreintes (même pas 10 postes en concours interne cette année pour accéder à la catégorie B), les agents sont bridés alors qu’une partie d’entre eux ont la volonté et les capacités pour faire des choses intéressantes.

Au fond, la Fonction publique fonctionne selon un procédé injuste : elle propose des tâches en fonction du grade de l’agent, et non pas en fonction de son profil, de ses envies, de ses aspirations, de ses capacités. Or, justement, du fait d’un chômage structurel, la catégorie C se voit intégrée par des personnes surqualifiés, alors qu’elle doit permettre justement à des personnes moins diplômés de pouvoir trouver une place.

Face à cette perte de sens totale, je suis tombé dans la déprime. J’ai donc le choix de rester dans mon taff’, en prenant tous les matins mes cachets pour avoir le courage d’aller bosser, ou bien de rentrer dans ma région natale, mais sans minima sociaux ou chômage.

D’ailleurs, l’individu étant en prise avec son époque et la société dans laquelle il évolue, comme faire comprendre sans ayant l’air de cracher dans la soupe, qu’on souhaite quitter un CDI, dans lequel on se sent mal ? Au fond, vers quoi souhaite-t-on aspirer ? Personnellement, je n’ai pas pour dessein de gagner plus de 2 000 € par mois. Je veux juste me sentir utile, bien dans mon boulot, et pouvoir vivre décemment.

« Faites des étude” qu’ils disaient. Toute ma génération s’est lancée, pour qu’au final on nous prenne pour des cons, qu’on nous refuse des emplois parce qu’on est “trop qualifié”, ou au contraire qu’on n’a pas “assez d’expérience”. “

Tom

One thought on “Perte de sens dans la fonction publique

  1. Tom,
    26 ans, en reprise d’étude, je fais un stage dans une administration pour valider ma licence, je me retrouve tout à fait dans ton témoignage !
    Perso, je me suis vite aperçue que ce milieu très hiérarchisé où le jargon administratif, les parapheurs et les douze signatures pour pouvoir envoyer un document prennent un temps monstrueux ne me correspondaient pas, je suis encore en stage et sais très bien que jamais je ne pourrai travailler dans un tel milieu.
    Je préfère gagner beaucoup moins et être heureuse, combler et que mon travail m’enrichisse même si cela demande des sacrifices!!
    Courage !

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